Dumait Alain - samedi 12 juin 2004
Pour trouver dans l’histoire française contemporaine un moment d’émotion nationale comparable dans son intensité et son étendue à celle qui étreint aujourd’hui l’opinion publique américaine, après le décès de leur quarantième président, Ronald Reagan, il faut sans doute remonter à ce jour de novembre 1970 quand on apprit le décès brutal du Général de Gaulle. Non seulement une époque passait, mais encore un héros, comme on n’en compte pas toujours un ou deux par siècle, disparaissait. Guy Millière (page 7) établit un rapide bilan de son œuvre. Il a eu l’occasion de rencontrer le Président Reagan et de s’entretenir avec plusieurs de ses proches collaborateurs. Il a aussi traduit un grand nombre des écrits personnels du Président, en particulier plusieurs centaines de ses causeries radiophoniques, enregistrées entre 1975 et 1979. Guy est un de ceux qui, en France, le connaissaient le mieux. Or, des causeries en question, on a conservé outre les enregistrements sonores, également, pour 670 d’entre elles, le document manuscrit. Eh oui : Ronald Reagan n’était pas seulement un acteur, il savait aussi écrire ! Et, avant d’accéder à la responsabilité suprême de son pays, il s’était penché sur toutes sortes de questions, économiques, sociales, militaires, diplomatiques… Il savait penser par lui-même, et c’est ce qui le différenciait de la plupart des hommes politiques. Ce n’est pas seulement par ses dons d’exceptionnel communicateur qu’il sut réveiller l’Amérique, c’est aussi en faisant preuve d’un vrai courage au service d’une claire vision. C’est avec la même détermination, qu’en politique étrangère il affrontait l’Empire du mal et, en politique intérieure, s’attaquait aux excès de l’État-providence ou aux preneurs d’otage syndicaux. Les aiguilleurs du ciel de New York, licenciés du jour au lendemain, pour arrêt de travail illicite, s’en souviennent encore. Et sa politique, sur tous les plans, a été porteuse de résultats concrets et rapides. Ces fruits sont si manifestes que personne ne les conteste Outre-Atlantique. C’est la raison pour laquelle, même ceux qui furent les adversaires politiques de Ronald Reagan, lui rendent aujourd’hui unanimement hommage, et le tiennent pour l’un de leurs plus grands présidents. Dans ses mémoires, Alain Griotteray - qui eut l’occasion d’interviewer Ronald Reagan pour le « Figaro Magazine » - remarque que seuls les présidents américains du Parti démocrate sont honorés à Paris, où des avenues portent leurs noms (Wilson, Roosevelt, Kennedy) tandis qu’aucune voie ne célèbre, par exemple, le Président Eisenhower. Gageons qu’avant longtemps aucune voie ne célébrera, à Paris, le Président Ronald Reagan. Et cette observation - ajoutée aux sarcasmes figurant dans la plupart des articles consacrés à l’évocation du disparu - en dit long sur le fossé qui sépare culturellement la France et les États-Unis. D’ailleurs, la comparaison établie au début de cette chronique entre la disparition du Général de Gaulle et celle de Ronald Reagan semblera sans doute incongrue à certains de mes lecteurs. Pourtant, les éléments de comparaison sont plus nombreux qu’on ne le croit. Il y avait, chez l’un comme chez l’autre, cet élément caractéristique de beaucoup de personnages exceptionnels : la simplicité. Nancy Reagan rappelait que Ronald était à l’aise partout et avec tout le monde. Il ignorait la prétention. Son succès fut si éclatant, dès les premiers mois de sa présidence, que beaucoup d’hommes politiques étrangers voulurent s’inspirer de son exemple. Jacques Chirac fut l’un deux. Avant le retour de la droite au gouvernement en 1986, il alla aux États-Unis, à la recherche de quelques recettes. Mais il aboutit rapidement à la conclusion que ce qui était bon pour l’Amérique ne le serait pas forcément pour la France, avec ses technocrates omniprésents et ses syndicalistes intouchables… Une seconde fois, Jacques Chirac, sans doute, s’est encore inspiré de Ronald Reagan : quand, en 2002, il entama son deuxième mandat présidentiel en annonçant une baisse sur cinq ans de 30 % de l’impôt sur le revenu. Comme Ronald Reagan, en février 1981, annonçait une réduction de 10 % de tous les impôts sur le revenu au cours des trois prochaines années. Mais celui-ci, parallèlement, procéda à des coupes sombres dans les dépenses publiques, tandis que celui-là s’en gardait bien… ................................................................................................................


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