Rouxel Jean - mercredi 12 avril 2006
Lundi 10 avril, Dominique de Villepin a enterré le CPE. Ce faisant, il prenait acte, non pas seulement de la mobilisation de la gauche et des syndicats, mais du fait qu’il était « taclé » par le président du parti majoritaire, qu’il était lâché par une bonne partie des parlementaires de sa majorité et surtout par le chef de l’État (voir notre éditorial de la semaine dernière). Le CPE ayant été présenté par le Premier ministre lui-même comme son œuvre personnelle, il va de soi que Dominique de Villepin ressort passablement affaibli de ces quelques semaines d’affrontements.
En conséquence, si le Premier ministre reste en place, on voit mal comment l’année qui nous sépare des élections présidentielles pourrait servir à quelque réformette que ce soit. Et on ne voit pas davantage ce qui empêcherait que le Premier ministre reste en poste. D’un côté, Jacques Chirac n’a certainement pas envie de se gâcher la dernière année d’Élysée qui lui reste et Villepin, à défaut d’autre chose, fait un bouclier tout à fait convenable, comme Raffarin en son temps. De l’autre côté, si Dominique de Villepin n’a pas saisi l’occasion qui s’offrait à lui de présenter sa démission, pourquoi y songerait-il dans quelques jours ?
Manifestement, la place est suffisamment bonne pour que ce matamore accepte, pour la garder, de placer son amour-propre dans sa poche ! Pourtant, ledit amour-propre n’a guère été ménagé : d’abord, Nicolas Sarkozy annonce publiquement qu’il négocie avec les syndicats dans le dos du chef du gouvernement ; ensuite, Matignon est dessaisi du dossier CPE, transmis aux groupes parlementaires UMP ; enfin, même l’annonce – que le chef de l’État lui avait promise en guise de lot de consolation – du retrait du CPE, au cours de laquelle il devait jouer les chefs de la majorité « gardant la main », même cette annonce a été torpillée par un communiqué de presse de l’Élysée un quart d’heure avant l’allocution du Premier ministre. On ne saurait dire plus brutalement que Dominique de Villepin est désormais hors-jeu.
Ainsi Nicolas Sarkozy a-t-il éliminé un concurrent qui commençait à se faire menaçant (au moins dans les médias !). Mais lui-même ne sort pas indemne de la crise : une partie, difficile à mesurer pour le moment, des électeurs de droite n’oublieront pas que l’homme de la « rupture » a réclamé le premier que le gouvernement se couche devant la rue. Il n’est pas évident que cela contribue à clarifier son positionnement politique !
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