Rouxel Jean - mercredi 15 mars 2006
Le cran avec lequel Dominique de Villepin fait front contre la meute des adversaires de son contrat première embauche, CPE, forcerait l’admiration s’il s’appliquait à une réforme plus significative d’une véritable volonté de redressement de la France. Car le fait de pouvoir recruter un jeune de moins de 26 ans en contrat de travail à durée indéterminée, tout en pouvant le licencier pendant les deux premières années, ne comporte pas, pour les futurs employeurs, un intérêt déterminant par rapport à leurs pratiques actuelles, à base de CDD et d’intérim.
Néanmoins, on voit bien que le Premier ministre, sans doute sans le savoir lui-même, a touché à un tabou : en droit, tout licenciement doit être motivé. Or, en fait, cette motivation est difficile. Si une entreprise n’est pas en difficultés financières, la motivation économique lui est fermée. Quant au licenciement pour faute, il doit s’appuyer sur des faits incontestables, ce qui est rarement le cas.
L’affaire du CPE est donc avant tout politique. Poussant en avant, comme des marionnettes, les soi disantes organisations lycéennes et étudiantes, les syndicats et partis de gauche mobilisent leurs troupes habituelles, sous l’oeil complaisant des caméras et des médias, pour donner à croire que le pouvoir est dans la rue plutôt qu’à l’Assemblée nationale. De nombreux exemples, il est vrai, montrent qu’il en est souvent ainsi…
Il semble que dans ce dossier, le Chef du gouvernement a décidé d’avancer sans être encouragé par le Chef de l’État et sans être vraiment soutenu par son ministre des Affaires sociales, Jean-Louis Borloo. Il tenait à démontrer qu’il était possible, même en fin de mandat présidentiel, de prendre des initiatives. La démonstration reste encore à faire…
Dans toutes les démocraties où les élections générales rythment la vie du pays, il y a un temps pour les réformes et un autre pour engranger ses fruits. Les cent jours, si chers à Dominique de Villepin, n’ont de sens qu’en début de mandature. C’est à ce moment-là qu’il faut opérer le corps social. Après, c’est trop tard : le patient redevient en posture de rejet. Quand on a entendu Jean-Pierre Raffarin au mois de juin 2002, déclarer, reprenant sans doute une expression de Jacques Chirac, que les réformes s’étaleraient sur les cinq années du mandat présidentiel, on avait bien tous compris qu’il n’y aurait pas de vraies réformes. Même le deuxième Premier ministre de Jacques Chirac aurait dû en tenir compte.
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