Thieulloy (de) Guillaume - mercredi 16 avril 2008
politique
Vendredi 11 avril, Nicolas Sarkozy a reçu les représentants des associations familiales à l’Élysée et mis fin à la cacophonie relative à la suppression de la carte « familles nombreuses » de la SNCF.
De quoi s’agissait-il ? Dominique Bussereau, secrétaire d’État chargé des transports a annoncé que les coûts relatifs à cette carte « familles nombreuses » seraient désormais assumés par la SNCF et non plus par l’État. En réponse, Nadine Morano, secrétaire d’État chargée de la famille, a signalé que ce projet ne verrait pas le jour… Qui croire ? Finalement, le chef de l’État a tranché : le projet est enterré.
L’impression pénible de cacophonie et d’incohérence dans la réforme a ainsi ressurgi. L’annonce de la suppression a été un coup de sonde, vite retiré à la première manifestation de mauvaise humeur. C’est peut-être de bonne tactique en matière de communication, mais absolument désastreux en politique. Car s’il est bon de réfléchir avant de lancer une réforme, une fois la réforme est lancée, ce n’est pas aux manifestants de décider de la politique nationale.
Cela étant, sur le fond, la décision d’abandonner la carte SNCF était curieuse. Les médias, comme la classe politique, se gargarisent volontiers de la natalité française, l’une des plus hautes d’Europe – bien qu’elle soit inférieure au taux de renouvellement des générations, rappelons-le !
Mais ils refusent d’accepter les questions sur ce fait brut : nous n’avons pas le droit de savoir (peut-être pas même le droit de s’interroger…) sur la part respective des immigrés naturalisés et des « Français de souche » dans cette natalité ; nous n’avons pas non plus le droit de savoir le rôle joué par la politique familiale dans ce résultat. Faute de cette dernière indication, il nous est impossible d’apprécier le bien-fondé d’une évolution de la politique familiale : si les dépenses de la politique familiale n’entraînent pas de conséquences sur la natalité, supprimons donc la politique familiale (mais quelques indications en provenance de Scandinavie semblent indiquer un lien assez fort entre natalité et politique familiale) ;
si la politique familiale joue principalement en faveur de la natalité dans les foyers modestes, la mise sous condition de ressources des allocations familiales peut se comprendre… Mais, de grâce, cessons de prendre des décisions sans les fonder sur rien !
Par ailleurs, des rumeurs ont affirmé que la HALDE était à l’origine de ce projet, au nom de la non-discrimination entre familles françaises et familles immigrées. Si c’est le cas, la HALDE aura montré une fois de plus non pas son inutilité (coûteuse, puisque son budget annuel est de plus de 10 millions d’euros), mais sa nocivité. La non-discrimination, en France, entre Français et étrangers est absurde. Et d’ailleurs la carte « familles nombreuses » est accessible aux étrangers non clandestins. Si la HALDE se préoccupe d’économies, dissolvons-la donc ! Ce seront déjà 10 millions d’euros de gagnés…
Dernier point, j’ai pu lire sur internet des remarques sur le thème : personne ne force les familles à avoir des enfants ; qu’elles les assument donc sans l’aide publique. Soit. Cette logique de responsabilité me convient bien. Mais, alors, suivons-la jusqu’au bout : réservons la retraite par répartition à ceux qui « investissent » dans la natalité ! La responsabilité à géométrie variable est insupportable : vous avez des enfants, c’est votre choix, débrouillez-vous, mais nous voulons une retraite, vos enfants paieront pour nous…
En toute hypothèse, la plupart des problèmes à long terme d’un pays se fondent dans la démographie : faute de renouvellement de la population, nous pouvons bien être un pays riche, d’ici quelques décennies, les survivants devront faire venir massivement des immigrés et financer les simples conditions de leur survie par un impôt prohibitif. Je ne suis pas sûr que la politique familiale française soit efficace. Mais ce dont je suis sûr, c’est que l’avenir du pays passe par l’investissement et par la natalité. Soutenir l’un sans soutenir l’autre est tout simplement absurde.
NB : dernière nouvelle en matière d’incohérence. Au moment même où on apprenait le retrait du projet de suppression de la carte « familles nombreuses », on apprenait également l’existence d’un projet de suppression de la majoration pour âge des allocations familiales. Soit une perte de 586 €E par enfant. Une fois de plus, il va falloir choisir : Dieu sait si nous sommes favorables aux économies dans les dépenses publiques. Mais ce sont les dépenses de fonctionnement qu’il faut couper, pas les investissements. Et la politique familiale est un investissement. Alors, étudions ses résultats, travaillons à l’améliorer, mais ne la supprimons que si nous sommes sûrs de son inutilité…
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