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Candidature de José Bové à la présidentielle


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Baudouin Pierre - mercredi 21 juin 2006


Le mouvement dit « altermondialiste » ATTAC tenait son congrès à Rennes le week-end dernier. Avec l’annonce de José Bové de tenter sa chance pour les présidentielles de 2007, c’est l’occasion de scruter les forces et les faiblesses de cette nébuleuse exotique et paléo-marxiste.

Au titre des forces, il faut noter la puissance « sémantique » du mouvement. Il a réussi à imposer une critique, non seulement de dérives de la mondialisation, mais de la mondialisation comme telle, qui fait aujourd’hui autorité dans le débat politique et médiatique français.

Il est, par exemple, instructif de noter qu’une partie non négligeable de la droite (en particulier, celle qui vote Le Pen et Villiers) avait, ces dernières années, fortement diminué ses attaques contre la libéralisation des échanges. La campagne référendaire de l’année dernière a été l’occasion de revenir là-dessus. Il est clair que le discours anti-mondialisation des échanges du mouvement soi-disant « altermondialiste » n’est pas pour rien dans ce revirement stratégique.

Autre illustration de la puissance sémantique de ce mouvement : le simple fait que l’on ne mette pas en question l’étiquette qu’il s’est auto-attribué d’altermondialisme. Pourtant, si les mots veulent dire quelque chose, altermondialisme signifie que cette nébuleuse défend une autre (et même, en rigueur de terme, la seule autre) vision de la mondialisation. Or, je défie quiconque de m’expliquer ce que serait ce modèle « alternatif ».

D’une part, il me semble qu’il existe plusieurs modèles envisageables pour la mondialisation, et pas seulement « l’ultra-libéral » contre « l’altermondialiste » ; et d’autre part, je doute fort que la nébuleuse ATTAC et épigones soit capable de proposer quelque chose, en dépassant le stade de son opposition à ce qui existe…

Bref, dans le combat des idées, ATTAC et ses alliés sont des adversaires redoutables, ayant tous les honneurs de la presse, de l’université et, de façon générale, des relais idéologiques.

Cette capacité nihiliste à refuser tout ce qui existe, sans rien proposer en échange, a été également une force inégalable dans certains combats politiques. Le dernier en date est la campagne référendaire : le « non » en bloc, sans détailler les motivations de l’opposition (ce qui distinguait d’ailleurs fortement le non de gauche du non de droite, qui avait des motivations claires : soit de l’ordre de la souveraineté nationale, soit de l’ordre du dirigisme économique de Bruxelles), et sans dire ce qui serait nécessaire pour passer au oui, s’est révélé d’une efficacité remarquable…

Reste que cette absence de proposition constitue également une faiblesse pour transformer l’essai. Tous les commentateurs annonçaient, après le résultat au référendum européen, un candidat de l’extrême-gauche dans le quatuor de tête.
Certes, la chose n’est pas impossible : l’extrême-gauche « pèse » probablement autour de 15 à 20 % de l’électorat, tout comme la droite et la gauche de gouvernement, ou la droite de l’UMP. Mais, comme pour « l’extrême droite », il faut s’unir sur un candidat et sur un programme. Et, si cette union est déjà très difficile à droite, où l’unité idéologique est à peu près faite, elle l’est bien davantage à gauche. Il suffit pour s’en convaincre de constater les divergences d’intérêt entre les écologistes et les productivistes…

Quant à s’entendre sur un candidat, je crois que José Bové se fait beaucoup d’illusions. Il est certain qu’il est le mieux placé pour être ce candidat, si l’on regarde la question du point de vue de la représentativité dans la « nébuleuse ». Mais, ladite nébuleuse a des cadres et des militants. Or, ces derniers viennent presque tous de partis organisés, trotskistes pour la plupart. Et l’on voit mal pourquoi les dirigeants de ces partis accepteraient de travailler pour le roi de Prusse !
À mesure que s’approche l’heure où l’extrême gauche espère tirer les dividendes politiques de sa victoire idéologique, les querelles de chapelle reprennent le dessus. Le congrès d’ATTAC l’illustre bien. L’économiste Susan George, fondatrice de l’organisation, s’oppose au président réélu Jacques Nikonoff et dénonce l’irrégularité des élections. Soit dit en passant, ce dernier vient du PCF. Il n’est pas impossible que la vieille guerre entre staliniens et trotskistes soit l’une des clés d’interprétation de la crise.

Plus profondément, c’est le mode de gouvernement qui pose un problème : Susan George dénonce l’autocratie de Nikonoff et souhaiterait une organisation collégiale, ce qui correspond probablement mieux aux aspirations des militants « altermondialistes ». Mais, en collégialité comme ailleurs, il y a des dirigeants ; le gouvernement est seulement plus opaque…


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