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Cannes ou le scandale permanent


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Bonnal Nicolas - mercredi 11 juin 2008

culture
Il y a quelques années, Jean-Jacques Annaud me disait que les Américains évitaient d’envoyer leurs grands films à Cannes, tellement ledit festival avait mauvaise image et mauvaise presse (ce n’est plus le cas maintenant). Vers la même époque d’ailleurs, Luc Besson disait qu’il n’y avait pas eu de bonne palme d’or depuis… Apocalypse now, en 1979.

C’est en 1980 que Gilles Jacob a pris les rênes du Festival et en a fait ce méchoui de snobisme culturel, d’ineptie professionnelle et de nullité artistique. Audiard disait que l’on pouvait présenter un film mal joué, mal éclairé et mal écrit, et que cela ferait un bon film d’art. Le film d’art, le film d’auteur, le film pour critiques de festival a tué le cinéma beaucoup plus que le commerce.

Le grand critique Jacques Lourcelles, auteur du merveilleux dictionnaire des films chez Robert Laffont, a bien vu la transition dans les années 60, lorsque les festivals ont pris le pouvoir culturel et précipité la disparition du grand cinéma traditionnel, qui conciliait le commerce et la qualité. Lourcelles dénonce des auteurs tels que Resnais, Godard, Leone ou bien Bergman et Antonioni. Depuis le cinéma a décliné et a perdu même pour notre auteur son innocence et sa candeur. Chaque année les jurys du festival de Cannes consacrent un film nul, politiquement correct jusqu’à la caricature, et oublié quelques mois plus tard, alors que toutes les vidéothèques familiales sont pleines de Walt Disney ou de westerns de John Wayne.

Qui se souvient en effet des palmes d’or des années 80 ou 90 ? Ou de Bill August, deux fois primé à Cannes ? Des trente dernières années, j’ai moi-même peu de souvenirs (la Mission, le Tarantino du début…). L’hypocrisie culturelle va de pair avec une trop grande quantité de films, des compliments trop faciles et un crépuscule de la sensation historique : car où sont les chefs-d'œuvre d’antan ?

Le plus grave est que le festival de Cannes de Jacob and co (lui dont le fils a été scénariste de Francis Perrin…) a déteint sur l’industrie américaine. Lorsqu’une andouille comme Sean Penn déclare à un journaliste du Monde en adoration que Cannes doit montrer l’exemple et lutter contre les oscars, il se moque du monde ou n’est au courant de rien. Car les oscars ont primé Sean Penn, ont primé Clint Eastwood (devenue vieille idole post-moderne) et ont primé l’ineffable Michael Moore, palme d’or à Cannes pour son pamphlet imbécile sur le 11 septembre.

De même, cette année, les oscars (avec une audience en chute libre) ont récompensé Paul Thomas Anderson, autre idole cannoise, et son brûlot sur le pétrole et la bible (cherchez la cible politique…). Les frères Coen, habitués du bunker cannois, ont aussi été couronnés pour un autre exercice de style : comme dans Fargo, l’Homme qui n’était pas là et une dizaine d’œuvrettes, les frères Coen délivrent jusqu’à la nausée le même message : les petits wasp, les petits blancs du Texas ou du Nord Dakota sont bêtes, brutaux, violents, et incurables.

On peut donc rassurer Sean Penn : les oscars ne sont pas si éloignés que cela du contenu politique du festival de Cannes. On rappellera qu’entre deux palmes d’or pour l’avortement en Angleterre ou en Roumanie, Cannes aura récompensé cette année un film sur la France plurielle, devenue enfin le vrai reflet de son équipe de football.

Il y a quelques années, le jury avait éloigné de la sélection française l’Anglaise et le roi du pourtant très prestigieux Éric Rohmer, estimant ingénument que ce film était trop à droite. Ni plus ni moins. On constate que la gauche fanatique, qui a pris le pouvoir économique dans le domaine culturel en 1981, ne fait pas dans le détail. Et que pour formater les jeunes générations elle ne s’embarrasse plus de principes.
Le plus drôle – ou le plus irritant – est que cette marxisation du cinéma et de son festival le plus célèbre est allée de pair avec la récupération par L’Oréal, l’explosion du nombre de cerbères et la flambée des prix. Cannes est devenue une cité pour oligarques de gauche. Pour paraphraser Édouard Herriot, on dira qu’elle a le cœur à l’extrême-gauche et le portefeuille à l’extrême-droite. Le cinéma n’a qu’a bien se tenir !…


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