Nofri Gaël - mercredi 13 avril 2011
Les élections cantonales, sont difficiles à décrypter : s’y mêlent enjeux locaux et nationaux, connaissances personnelles et méconnaissance du rôle des conseillers généraux, ras-le-bol et habitudes de vote…
Cependant, trois enseignements majeurs peuvent être tirés.
1) D’abord, l’effondrement de l’UMP est incontestable.
Cette déroute est d’autant plus criante que le score de l’UMP est « gonflé » par les contextes locaux . Pourtant, le parti « majoritaire » ne dépasse pas 20 % de suffrages exprimés, moins de 8 % des inscrits ! Il serait prématuré d’en tirer des conclusions pour les présidentielles, mais il est évident que le chef de l’État ne tient plus ses troupes.
Il faut dire que, dès sa fondation, ce parti avait annoncé la couleur : il serait celui du cynisme, préférant reléguer les questions idéologiques au second plan, il devait être l’outil par lequel nos dirigeants « de droite, du centre et de l’ouverture » obtiendraient la victoire électorale. « Union pour une Majorité Présidentielle » fut le premier nom de l’UMP, comme s’ils avaient ainsi voulu signifier que ce qui comptait était plus d’obtenir le pouvoir que les choix de société à mettre en œuvre.
Le succès de Nicolas Sarkozy fut rendu possible par ce cynisme. Nul ne se faisait d’illusion sur ses valeurs, mais tous le soutinrent, car ils le pensaient le mieux placé pour l’emporter…
Mais, aujourd’hui, la machine à gagner s’est enrayée et chacun tente de sauver sa peau.
2) Ensuite, le succès du PS mérite d’être nuancé.
Il n’est pas inutile de constater que, si le PS gagne du terrain sur la quasi-totalité du territoire national, ce résultat est plus à mettre au crédit du rejet du gouvernement en place que d’une adhésion véritable. On peut douter que les Français aient accordé, en connaissance de cause, leurs suffrages à des exécutifs de gauche dont les mots d’ordre demeurent accroissement de la dette, augmentation des impôts et clientélisme partisan, mais il est évident que nombre de nos compatriotes se sont ralliés au slogan « sortir les sortants ».
Le fait que cette énième preuve de la désaffection des Français pour leurs gouvernants se soit accompagnée d’un nouveau record d’abstention montre que beaucoup ne sont plus dupes de la démagogie électoraliste. Ils s’aperçoivent qu’il ne suffit pas d’aller d’alternance en alternance pour faire vivre une démocratie. Comment ne pas voir en effet les similitudes entre les programmes du PS et de l’UMP ?
3) Enfin, le résultat du Front National doit être étudié avec attention.
Celui-ci fait jeu égal avec l’UMP. Mieux, il atteint en moyenne 40 % dans les cantons où il est parvenu à se maintenir au second tour. Ce résultat prouve que le parti de Marine Le Pen a su consolider son socle électoral tout en s’ouvrant à de nouveaux électeurs.
Cependant, victime d’un évident déni de démocratie, le Front National ne parvient pas à concrétiser ses scores. Cette constatation pose inévitablement la question des capacités du FN à s’imposer à l’occasion d’un scrutin majoritaire… présidentiel, mais aussi législatif.
Or, c’est à mon sens dans ce domaine que l’arrivée de Marine Le Pen peut le plus changer la donne : le succès des cantonales ne fait qu’anticiper la véritable révolution politique que provoquera la nouvelle présidente du FN en 2012.
Le point fort de celle-ci n’est pas en effet d’être à la tête d’un parti plus ou moins puissant, mais bien d’être en mesure de se hisser au-dessus des divergences historiques et politiques, afin de parler de ce qui devrait rassembler le corps électoral national : la France et son avenir.
De cette évolution devraient naître les ralliements d’électeurs qui ne se reconnaissent plus dans le système actuel.
Si le FN fait peur à l’UMP et au PS, c’est qu’en 2012, Marine Le Pen semble en mesure de fédérer autour de son nom ce que certains appelleraient volontiers une « union des patriotes ».
Le jour où les gaullistes sincères côtoieront d’anciens partisans de l’Algérie française, ou des militants de ce qu’il est convenu d’appeler « l’extrême droite » seront rejoints par d’anciens chevènementistes, les royalistes par les républicains fervents et ceux qui croient au ciel par ceux qui n’y croient pas est peut-être arrivé…
C’est sans doute cela aussi l’effondrement du système !
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