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Capitalisme à la française : autopsie d’un cadavre


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Rouxel Jean - mercredi 31 mai 2006


C’est bien beau, et c’est bien le moins aussi, de rendre un quasi-hommage national à la personne d’Édouard Michelin et, au-delà, au symbole d’une forme efficace et indiscutablement humaine du capitalisme qu’il constitue. Qui ne voit qu’un groupe qui n’aurait pas eu ce caractère familial aurait depuis longtemps disparu, face à une concurrence exacerbée ? Car ce n’est pas seulement par sa technique que Bibendum est le numéro un mondial, c’est aussi grâce à son organisation, à sa structure, et à la concentration du contrôle de son capital dans quelques mains.

Observons néanmoins qu’il y a un peu plus de trente ans, le groupe eut la sagesse de mettre à l’abri, dans une compagnie financière sise en Suisse, le contrôle de sa Manufacture. Protégé par un ministre des Finances nommé Valéry Giscard d’Estaing. Un peu plus tard, et sous le même ministère, L’Oréal passait sous le contrôle de Nestlé, la principale actionnaire de la première société devenant à cette occasion celle de la seconde… On peut penser que ni Michelin ni L’Oréal ne seraient encore des groupes réputés « français », s’ils ne s’étaient pas, à temps, réfugiés en Suisse…

À l’exception de quelques autres exceptions qui confirment la règle, il n’y a plus, en France, que très peu de grands capitalistes industriels. Et comme l’ISF a été institué pour empêcher l’émergence de nouvelles grandes fortunes, on peut parier que le capitalisme à la Michelin ne se reproduira plus. On notera que les exceptions évoquées ne sont pas pour autant des anti-exemples. On les trouve dans les secteurs de l’armement ou du BTP, où les commandes publiques sont évidemment dominantes. Ou bien, ce sont des groupes comme LVMH ou PPR qui, au départ, doivent tout à la technostructure de l’État.

Le contraste entre cette forme de capitalisme authentique et désirable, mais aujourd’hui résiduel, est saisissant quand on la compare à celle que symbolise le groupe Arcelor. Celui-ci, sans doute remarquable au plan technique, est, au plan industriel et financier, le fruit d’un meccano politique. Son capital n’est contrôlé par personne. Les dirigeants du groupe parlent comme s’ils en étaient les propriétaires, qu’ils ne sont pas. Aujourd’hui, pour résister à l’OPA du groupe Mittal – dont le principal tort semble d’être contrôlé par une famille d’origine indienne… – Arcelor est prêt à se livrer au groupe Severstal, russe donc douteux. De toutes façons, les jeux sont faits : demain la sidérurgie française aura bel et bien vécu.


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