Lance Pierre - dimanche 12 février 2006
Le monde est en émoi parce qu’un journal danois a publié, voici quelques mois, des caricatures de Mahomet, ce prophète guerrier qui fit parler de lui il y a quatorze siècles, quand il fonda l’Islam au prix de quelques massacres. Ces caricatures ont été reprises par « France-Soir » à l’initiative du directeur de la publication qui, pour cette raison, a été licencié.
L’Europe a mis des siècles à se débarrasser de l’intolérance religieuse, avec l’approbation de nombreux catholiques et protestants éclairés, qui entendaient vivre leur foi librement sans l’imposer à quiconque. Ces Occidentaux attachés au libre-arbitre avaient bien compris qu’une croyance qui s’appuie sur la terreur ne peut avoir aucune valeur spirituelle.
Il faut rappeler que le concept du libre-arbitre ne figurait pas à l’origine dans la doctrine chrétienne. Il y fut introduit au début du ve siècle par le druide celte Morgan, né en Grande-Bretagne en 360, qui se fit moine chrétien sous le nom de Pélage, pour venir prêcher à Rome durant dix années. Il niait le péché originel et affirmait que c’était la seule volonté de l’homme qui le portait vers le bien ou vers le mal. Bien que vigoureusement combattu par Augustin (le « docteur de la grâce »), le pélagianisme, condamné par plusieurs papes, finit par gagner peu à peu tous les esprits européens et l’on peut dire qu’à travers lui, l’Occident l’emporta sur l’Orient au cœur même du christianisme.
L’Europe va-t-elle aujourd’hui tolérer que des fanatiques orientaux égarés par une religion archaïque lui dictent sa conduite et viennent faire obstacle à la philosophie de liberté individuelle qui est la racine même de la civilisation occidentale ? Il n’en est pas question ! Et les Européens de toutes opinions et familles de pensée sauront, j’en suis sûr, s’unir et serrer les rangs avec courage pour mettre un coup d’arrêt à cette vague d’intolérance qui s’apprête à submerger le monde.
Aussi, personne dans cette affaire ne doit présenter des excuses et il faut affirmer avec force le droit de tous les hommes à la liberté de pensée et d’opinion, de croyance ou d’incroyance, d’expression et de critique, en quelque domaine que ce soit et de quelque manière qu’elle se manifeste, que ce soit par le livre, la presse, le cinéma, le théâtre, la chanson, l’imitation ou la caricature.
Nous devons clamer à la face du monde que personne n’intimidera les Occidentaux, et que des foules arriérées et manipulées peuvent bien piétiner nos drapeaux et incendier nos ambassades sans que nous fléchissions d’un pouce. Va-t-on mettre à l’index Montesquieu et Voltaire, gloires de l’esprit français, parce qu’ils dénoncèrent jadis le fanatisme mahométan ?
Les nouvelles techniques de communication ont fait du monde un village. Tout se diffuse partout. Il convient d’en tirer la leçon : une tolérance planétaire doit s’instaurer envers les productions intellectuelles de tous les pays. Personne n’est contraint de lire ou de regarder ce qui le choque, ou plutôt ce qui choque en lui des implants idéologiques surannés. Une censure mondiale serait intolérable et ruinerait tout progrès mental de l’humanité.
Car, ne nous y trompons pas, c’est un nouveau totalitarisme qui se profile à l’horizon, et je crains que les dirigeants islamistes radicaux ne fassent la même erreur que firent les nazis au siècle précédent. Parce que les démocraties sont par nature pacifiques et conciliantes, patientes et indulgentes, parfois un peu trop, les fanatiques exaltés se persuadent qu’elles sont lâches. (Certains de leurs citoyens plus impatients que d’autres finissent par le croire eux-mêmes.) Ils se trompent tous lourdement. Les êtres évolués et civilisés répugnent naturellement à la haine et au conflit, et temporisent en espérant que l’adversaire s’assagisse, sans se rendre compte qu’ils encouragent ainsi sa présomption et son arrogance. Mais lorsqu’ils prennent conscience du danger, les civilisés réveillent leurs énergies et se jettent au combat de légitime défense, écrasant leurs agresseurs.
Et cela se reproduira s’il le faut. Nul ne peut s’en réjouir, car le monde en serait de nouveau ensanglanté. Mais si les musulmans modérés ne sont pas capables de juguler leurs fanatiques et de défendre fermement la liberté de penser, de dire, d’écrire et de dessiner, ils doivent s’attendre à payer un jour très cher cette faiblesse.
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