Milliere Guy - dimanche 12 février 2006
Voici quelques semaines, un satellite a été lancé depuis une base militaire russe pour le compte de l’Union européenne. Il s’agissait du premier pas vers la mise en place du système Galileo, censé devenir le rival du GPS américain. Quand le projet a été mis sur les rails, la presse a ironisé outre-Atlantique : « L’Europe veut réinventer la boussole », a titré un grand magazine. Et ce titre était exact : l’Europe s’est donné pour tâche de réinventer la boussole. Et elle y consacre des sommes immenses qui seraient sans aucun doute mieux utilisées ailleurs.
Les journaux français ont dit que Galileo serait plus précis que le GPS. C’est inexact : d’ores et déjà le GPS a le degré de précision que Galileo devrait atteindre, si tout va bien, d’ici une décennie. Et tout incite à penser que d’ici dix ans, le GPS aura accompli encore de nombreux progrès. Pendant qu’on innove en Europe, on ne se tourne pas les pouces en Amérique. On peut ajouter que le GPS américain, mis au point pour l’armée, est mis gratuitement à la disposition de tous les services internationaux qui entendent l’utiliser (avec des restrictions de sécurité). Le système Galileo, lui, sera payant. L’économiste le plus ignorant ne pourra que se demander pourquoi des gens ou des entreprises voudraient payer pour disposer d’un service qui, à qualité égale ou supérieure, peut leur être rendu gratuitement.
Reste alors une explication qu’on a entendu, mais trop peu : le GPS est américain, ses paramètres sont aux mains du ministère de la défense américain. En cas de conflit militaire avec un pays du monde, le gouvernement américain pourrait interdire à ce pays l’utilisation du GPS aux fins d’agir contre les Etats-Unis. Évoquer l’hypothèse d’un conflit militaire entre l’Europe et les Etats-Unis semblait absurde et aberrant jusqu’à présent. Europe et Etats-Unis constituent la « civilisation occidentale » et ont historiquement fait face aux mêmes ennemis. Si guerre il devait y avoir, elle serait, disait-on, bien évidemment dirigée contre un ennemi avéré de l’Occident, et elle n’aurait pas lieu au sein de l’Occident. Malgré quelques coups de bec du coq gaulois, quelques propos de démagogue en Allemagne ou ailleurs, nul n’aurait pu imaginer un différend grave entre les deux rives de l’Atlantique.
Doit-on considérer qu’un différend grave serait à même de survenir aujourd’hui bien davantage qu’hier ? Peut-on penser que ce différend puisse atteindre le stade du conflit ouvert ? Il semble que ceux qui font tout pour que Galileo voie le jour pensent que oui.
On découvre, qui plus est, que l’Union européenne, pour faire avancer Galileo, a opté pour des partenariats étranges et dangereux. La Russie n’est plus une grande puissance, mais elle garde des capacités de nuisance et revient rapidement à un fonctionnement autocratique ; c’est de Russie qu’on a décidé de lancer néanmoins le premier satellite du projet Galileo. D’autres satellites suivront, des transferts de technologie vont de pair. Rien là qui puisse rassurer lorsqu’on sait que la Russie a été très impliquée dans, par exemple, la nucléarisation de l’Iran.
La Chine, elle, ne peut qu’être regardée avec prudence : c’est un pays qui s’ouvre de manière accélérée au capitalisme dans certaines zones (en faisant totalement l’impasse sur les dégâts environnementaux). C’est aussi, toujours, une dictature brutale qui maintient les deux tiers du pays dans la misère et fait des efforts considérables pour devenir une puissance militaire à même de menacer l’Occident. Or, la Chine est plus impliquée encore que la Russie dans le projet Galileo et les transferts de technologie vers elle sont plus massifs encore.
Tout se passe comme si, par obsession antiaméricaine, l’Europe était prête à donner à la Chine les moyens d’une hégémonie en Asie jusqu’au Proche-Orient. L’Europe est sur une pente suicidaire depuis longtemps. Le projet Galileo est un nouveau pas dans cette direction. C’est aussi un crime vis-à-vis de tous les hommes épris de liberté et qui, jusqu’à présent, pouvaient se dire que le GPS étant entre des mains américaines, ne tomberait jamais entre celles de l’ennemi. L’Europe essaie de découvrir tous les secrets de la boussole, afin que l’ennemi puisse disposer des moyens d’agir plus aisément. Le seul espoir est que Galileo échoue. Qui osera le dire ?
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