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Ce que la liberté d’expression veut dire


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Dumait Alain - dimanche 30 janvier 2005


La semaine dernière, j’allais écrire ma chronique sur les déclarations faites par Jean-Marie Le Pen à l’hebdomadaire « Rivarol » quand j’ai reçu l’article de Jean-Claude Valla. J’ai aussitôt décidé de le publier au lieu et place du mien. Pourtant, je me proposais de commenter cette affaire sous un angle différent, celui de la liberté d’expression, tandis que Jean-Claude Valla s’est placé sur le terrain de la vérité historique.
Selon lui, en effet, comme Jean-Marie Le Pen l’a dit, l’occupation allemande en France, de 1940 à 1945, « n’a pas été particulièrement inhumaine ». Et il a défendu ce point de vue en historien car il fait partie des rares personnes qui – comme Henri Amouroux, bien sûr – sur cette période, ont accumulé et accumulent encore des faits précis, que cela plaise ou non à ceux qui préfèrent les fantasmes.
Je sais pertinemment que, même soixante ans après, aucun débat serein n’est possible en France sur ces questions. En tout cas, ni à l’Université ni dans les médias conformistes adeptes de la pensée unique. Mais, même dans les colonnes des « Quatre Vérités », la parution d’un tel article comporte des risques. Deux lecteurs se sont aussitôt désabonnés. Guy Millière m’a envoyé un article où, emporté par la passion, il écrit : « Comparer le nombre de juifs déportés et morts au nombre des victimes des bombardements effectués lors de l’assaut final contre le nazisme me semble relever du révisionnisme ». J’espère que mon ami Guy Millière ne nous prépare pas une mouture renforcée de la loi Gayssot…
Quant à Gilbert Ribes, il soupçonne tout simplement Jean-Claude Valla de préférer rétroactivement l’occupation à la libération… J.-C. Trudelle va encore plus loin : il a honte que M. Valla « soit Français et publié »… Ce n’est pas parce qu’on est abonné à une publication anti-bourrage de crâne, qu’on arrive à y échapper complètement.
On a dit que les propos de Jean-Marie Le Pen rapportés par l’hebdomadaire « Rivarol » en date du 7 janvier 2005, étaient une nouvelle provocation calculée, ayant paraît-il des motifs de l’ordre du fonctionnement interne du Front national. Je n’ai aucune information allant dans ce sens. Je sais par contre que Jean-Marie Le Pen donne à « L’hebdomadaire de l’opposition nationale et européenne » une grande interview chaque année. Ce n’est donc pas un fait exceptionnel. Ce texte, qui au total doit faire une vingtaine de feuillets, occupe l’ensemble d’une double page. La partie incriminée correspond à la dernière question de l’interviewer qui portait sur les commémorations de la fin de la seconde guerre mondiale. Il s’agit donc d’une incidente.
Je suis de ceux qui pensent que la supériorité des États-Unis, sur tout autre pays au monde, résulte sans doute de sa Constitution (17 septembre 1787) complétée dès 1791 par un premier amendement qui, pour toujours, a déclaré : « Le Congrès ne fera aucune loi accordant une préférence à une religion ou en interdisant le libre exercice, restreignant la liberté d’expression, la liberté de la presse ». Et il convient d’ajouter que ce premier amendement a été interprété par les tribunaux américains, y compris par la Cour suprême, de la façon la plus large qu’il soit, au bénéfice de l’expression des points de vue les plus dérangeants. Car la véritable liberté d’expression, c’est évidemment le droit de dire des choses qui dérangent, et non pas qui plaisent…
Je ne sais pas si Jean-Marie Le Pen a fait une « bonne opération ». Et l’on peut soutenir que son propos est inexact ou bien choquant. Mais je ne vois pas pour quelle raison il n’aurait pas le droit de le tenir, ni pourquoi cela lui vaudrait une nouvelle bordée d’injures…
Deux choses sont principalement reprochées à Jean-Claude Valla : il se livrerait à une comptabilité ignoble, inscrivant dans la même addition, des juifs exterminés et des civils bombardés ; il ne respecterait pas le principe de la spécificité de la Shoah.
Tous les historiens, juifs ou non, sont bien obligés de se livrer à une comptabilité, en sachant très bien que celle-ci est toujours réductrice. Même si une vie est une vie. Mais, même dans les camps de la mort – dixit Simone Veil –, dans le malheur, tous n’étaient pas égaux…
Quant à la spécificité de la Shoah, personnellement, à la suite de nombreux théologiens chrétiens, j’y adhère. Même s’il y a eu d’autres génocides, avant et après…

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