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Ce qui se voit et ce qui ne se voit pas


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Trémeau Bernard - dimanche 03 juillet 2005


Une récente étude de notre INSEE nationale nous chiffre enfin le nombre d’emplois créés par la loi Aubry sur les 35 heures payées comme 39. Elle estime à 350 000 le nombre d’emplois créés.
L’étude est précise, mais reste dans un contexte « statique ». La quantité de travail  fourni par une nation est une valeur fixe, incapable de changer. Dans une telle vision de l’économie, pour des socialo-égalitaristes, le travail est comme un revenu , une valeur partageable. On prend à ceux qui travaillent un peu de leur temps de travail, en leur faisant croire qu’ils gagneront comme avant. Pour le donner aux chômeurs, aux exclus. Il est probable que le chiffrage de l’INSEE est correct et si la loi Aubry avait été appliquée à l’ensemble des entreprises , le nombre des emplois « créés » aurait été voisin des 600 000 emplois annoncés par la ministre.
Mais, en économie, il y a ce qui se voit : les emplois créés par la loi et ce qui ne se voit pas : les emplois non créés ou détruits par la loi.
Les hôpitaux publics ont par exemple été contraints d’embaucher 11,6% d’infirmières en plus pour assurer la bonne continuité des soins. Mais une partie importante d’entre elles est venue d’Espagne. Ces emplois n’ont pas réduit le chômage français. Ils ont réduit le chômage espagnol.
L’application de la loi Aubry dans les différentes entreprises  n’a pas été des plus simples. La loi Aubry a, par exemple, créé six SMIC différents. Dans un pays égalitariste comme le nôtre, ce petit détail fait affreusement désordre. Il a donc été nécessaire de modifier la loi pour qu’un seul SMIC en soit la conséquence. Il a ensuite été nécessaire d’uniformiser les six SMIC.
Mais il y avait un écart de 10% entre le SMIC le plus élevé et le SMIC le plus bas. Dans notre pays, où l’augmentation du SMIC prend parfois la forme d’un généreux cadeau offert par le Prince le jour de son heureux avènement, il était impensable de réduire le SMIC. Le gouvernement a donc décidé d’une augmentation supplémentaire de 10% du SMIC pour rendre à nouveaux tous les SMIC égaux. Or, une augmentation du SMIC de 10% crée, selon l’INSEE dont on connaît la précision des calculs, 350 000 chômeurs supplémentaires.
La loi Aubry a créé 350 000 emplois, elle en a détruit dans le même temps, uniquement avec le SMIC, 350 000 .
La loi Aubry a réduit de façon importante les trésoreries des entreprises.  Et, depuis la loi Aubry,  les entreprises  investissent  beaucoup moins. Elles investissent surtout dans la productivité, pour remplacer les salariés devenus trop coûteux par des machines. Un tel investissement ne crée pas d’emplois. Il est impossible de chiffrer  le retentissement sur l’emploi  d’un tel comportement.
De nombreuses entreprises françaises réservent leurs investissements de capacité à l’étranger. Elles ont raison de le faire : elles ne faisaient plus de bénéfices en France et elles en font à l’étranger où les contraintes sur les entreprises sont bien moindres. Les bénéfices affichés par les quarante premières entreprises françaises ont pratiquement tous été réalisés à l’étranger. Certaines entreprises, enfin, délocalisent et ce sont des chômeurs supplémentaires non comptabilisés.
La loi Aubry a réduit les investissements français en France, et elle n’a pas attiré les investisseurs étrangers, bien au contraire. Si l’on croit une récente étude de l’OCDE, les investissements  directs venant de l’étranger ont fortement augmenté dans le monde en 2004 : 668 milliards contre 593.
Ils ont surtout augmenté en Chine, au Brésil ou à Singapour. Ils ont été stables en Europe. Mais ils se sont effondrés en France 24 milliards de dollars au lieu de 43 en 2003. L’Allemagne a encore plus chuté. L’Europe sociale franco-allemande ne fait pas recette chez les investisseurs étrangers créateurs d’emplois.  L’INSEE n’a pas comptabilisé ces emplois perdus.
La loi sur les 35 heures a réduit dangereusement les trésoreries des entreprises et depuis sa mise en application, le pouvoir d’achat des salariés stagne du fait de cette loi. La demande stagne. Les entreprises travaillent moins. L’INSEE n’a pas comptabilisé ces pertes d’emploi.
L’économie est complexe. Il ne faut pas en regarder qu’un seul  aspect.

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En bref
SUBVENTION

Les subventions agricoles des trente pays les plus riches de l’OCDE ont atteint 279 milliards de dollars en 2003, soit 30% des recettes du secteur. Sans ces subventions, le revenu des agriculteurs aurait même été de 43% plus faible qu’il n’a été ! L’Union européenne reste de loin la principale puissance subventionnante (133,4 milliards de dollars), devant le Japon (48,7 milliards) et les Etats-Unis (46,5 milliards).

Chiffres significatifs

SÉCU á Environ 15 millions d’assurés sociaux sur 38 ont fait le choix de leur médecin traitant. Les autres sont censés le faire d’ici le 1er juillet.

BIOCARBURANT á Il faut environ 400 000 tonnes de colza pour produire 100 000 tonnes de biocarburant.

IMMIGRATION á En 2004, la République française a délivré 2 059 345 visas d’autorisation d’entrer sur le territoire français à des citoyens étrangers, dont 550 000 à des Africains et 137 320 à des Chinois…

PÉTROLE á Le baril de pétrole a atteint le chiffre record de 60 dollars le 23 juin à la bourse de New York.

HLM á En 2004, 12 000 logements sociaux ont été attribués à Paris sur 102 750 demandeurs. À noter : la demande a augmenté de plus de 20% depuis dix ans…

INVESTISSEMENT á En 2004, les collectivités locales ont augmenté de 6% leurs dépenses d’investissement, tandis que l’État baissait les siennes de 8%.

FONCTIONNAIRES á Les suppressions de postes de fonctionnaires prévues dans le budget ont été de 1089 en 2003, 4561 en 2004 et 6850 en 2005, pour des départs en retraite de l’ordre de 60 000 par an…




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