enseignement du gender
Offre gratuite !
La version papier :
pendant 4 semaines dans
votre boite aux lettres
Cliquez ici
Notre lettre d'infos

Céline, le communisme et l'éducation (vue de gauche !)


envoyer cet article à un ami
Imprimer cette page
Article de la semaine

Voter pour cet article
110 VOTES
1371 LECTURES

Bonnal Nicolas - lundi 11 juillet 2011

livres
Si l’on “rapprochait” vraiment il faudrait travailler ensemble, sans fraude, sans chichis, sous discipline, méthodiquement, recréer l’Europe.

Dans ses pamphlets qu’on a limités à l’antisémitisme, Céline s’en prend à la modernité, à la France éternelle, à l’Angleterre, à l’alcoolisme, au cinéma. Il comprend que le monde moderne crève de matérialisme, et qu’il a organisé mécaniquement l’humanité pour en retirer du profit et lui retirer toute fantaisie. A l’heure où, de Shanghai à Santiago en passant par Oslo ou Luanda, tout le monde vit entre sa voiture, son iPod, son immobilier qui flambe et son supermarché, en ayant oublié toutes ses traditions spirituelles et temporelles, on appréciera :

« L’imagination matérialiste nous condamne à l’infini dans la destruction, la philosophie matérialiste, la poésie matérialiste nous mènent au suicide par la matière, dans la matière. Tous ces acharnements prosaïques ne sont qu’autant de trucs de la matière pour nous dissoudre, nous rattraper. Les hommes épris de matière sont maudits. Lorsque l’homme divinise la matière il se tue. »

Céline propose alors, dans Les beaux draps, un curieux communisme magique et presque médiéval qui tourne le dos à la démocratie bourgeoise et au fascisme. Pour lui, d’ailleurs, tout le monde devrait gagner cent francs par mois, avoir un jardinet (comme un moine ou comme un kolkhozien !) et se remettre à danser !

« Le Communisme raisonnable crèvera dans cette civilisation sans poètes comme tout le reste.

Le Communisme doit être folie, avant tout, par dessus tout, Poésie. »

En effet,« le communisme est avant tout vocation poétique. Sans poésie, sans ferveur altruiste brûlante, purifiante, le communisme n’est qu’une farce, le dépotoir de toutes les rages, de toutes les rancunes plébéiennes… »

Il consacre alors de belles lignes à l’éducation, tout à a sa haine du monde scolaire dont à l’instar de tant de génies ou d’esprits originaux il a beaucoup souffert ; et il voit la famille comme une petite nation :

« Il faut que les enfants des autres vous deviennent presque aussi chers, aussi précieux que les vôtres, que vous pensiez aussi à eux, comme des enfants d’une même famille, la vôtre, la France toute entière. »

Pour lui comme pour d’autres libertaires supérieurs (je pense aux révolutionnaires médiévaux britanniques William Morris ou Ruskin), l’école moderne tourne le dos à la poésie de la réalité humaine :

« Il faut un long et terrible effort de la part des maîtres armés du Programme pour tuer l’artiste chez l’enfant. Cela ne va pas tout seul. Les écoles fonctionnent dans ce but, ce sont les lieux de torture pour la parfaite innocence, la joie spontanée, l’étranglement des oiseaux, la fabrication d’un deuil qui suinte déjà de tous les murs, la poisse sociale primitive, l’enduit qui pénètre tout, suffoque, estourbit pour toujours toute gaîté de vivre. »

C’est qu’en effet il faudrait prendre modèle sur les animaux et les oiseaux :

« Tous les animaux sont artistes, ils ont leurs heures d’agrément, leurs phases de lubies, leurs périodes de rigodon, faridon, les pires bestioles biscornues, les moins engageantes du règne, les plus mal embouchés vautours, les tarentules si répugnantes, tout ça danse ! s’agite ! rigole ! le moment venu ! »

Céline poursuit par cette belle envolée lyrique, qui balaierait la tristesse noire et nocive du monde moderne :

« Le Salut par les Beaux-Arts !

Au lieu d’apprendre les participes et tant que ça de géométrie et de physique pas amusante, y a qu’à bouleverser les notions, donner la prime à la musique, aux chants en chœur, à la peinture, à la composition surtout, aux trouvailles des danses personnelles, aux rigodons particuliers, tout ce qui donne parfum à la vie, guilleretterie jolie, porte l’esprit à fleurir, enjolive nos heures, nos tristesses, nous assure un peu de bonheur, d’enthousiasme, de chaleur qui nous élève, nous fait traverser l’existence, en somme sur un nuage. »

La référence à la danse et à la musique est éminemment traditionnelle. C’est presque du Platon, c’est presque du John Ford. Enfin, Céline l’anticlérical retrouve son catholicisme pour célébrer la poésie franciscaine de la vie :

« C’est ça le Bon Dieu à l’école, s’enticher d’un joli Bel-Art, l’emporter tout chaud dans la vie. Le vrai crucifix c’est d’apprendre la magie du gentil secret, le sortilège qui nous donne la clef de la beauté des choses, des petites, des laides, des minables, des grandes, des splendides, des ratées, et l’oubli de toutes les vacheries. »

Car perdre sa musique intérieure est le pire des châtiments ; Céline le disait déjà dans leVoyage : « On n’a plus beaucoup de musique en soi pour faire danser la vie, voilà. ».

Cette phrase annonce bien le XXIème siècle. Notre civilisation matérielle finissante est devenue bien incapable de faire danser la vie, ici, en Amérique ou même ailleurs.


4 commentaires - Ecrire un commentaire


Recevez gratuitement
la version papier,
pendant 4 semaines !

Cliquez ici

En bref



Plan du site