Lance Pierre - dimanche 21 novembre 2004
Le vieux rebelle Yasser Arafat a donc rendu son âme à l’éternel courant cosmique. Et c’est en France qu’il a voulu exhaler son dernier soupir, car il aimait notre pays depuis toujours, ce lutteur qui rêvait d’être le De Gaulle de la Palestine. De surcroît, il a choisi la date de sa mort, symbolique entre toutes. Ne me fiant ici qu’à mon intuition, je présume qu’il donna instruction à son épouse et à ses médecins de le maintenir si nécessaire en survie artificielle jusqu’au 11 novembre, anniversaire de l’armistice qui mit fin à la première guerre mondiale, née d’une énième guerre franco-allemande. Durant de nombreux siècles, Gaulois et Germains s’entre-tuèrent, mais ils sont aujourd’hui les meilleurs amis du monde. Arafat rêvait sans doute d’un même avenir pour les Juifs et les Arabes, tous enfants du patriarche biblique Heber, qui donna leur nom commun aux Hébreux et aux Harbis. Ainsi a-t-il fait de sa mort elle-même un message. Sa disparition donnera-t-elle une nouvelle chance à la résolution du conflit israélo-palestinien ? C’est la question que tout le monde se pose. Répondre par l’affirmative reviendrait à accréditer le leitmotiv d’Ariel Sharon, selon qui Yasser Arafat était « le principal obstacle à l’établissement de la paix ». Mais la vérité est que Arafat était le principal obstacle à une paix confectionnée par les Israéliens et à leur avantage, autrement dit à une paix qui eut été une défaite pour les Palestiniens. Arafat voulait la paix, mais une paix qui garantisse l’existence d’un État palestinien indépendant et souverain, ce dont les Israéliens ne voulaient pas. Il est évident, par exemple, qu’en 1941, les Allemands considéraient De Gaulle comme « le principal obstacle » à l’établissement d’une paix de collaboration avec les Français. Celui qui résiste est effectivement un obstacle, aurait confirmé M. de La Palice. Il est donc prévisible qu’Arafat étant disparu, l’État d’Israël s’efforcera de renouer des pourparlers avec l’OLP, dans l’espoir que le ou les successeurs d’Arafat soient moins vigilants et exigeants qu’il ne l’était lui-même. Pourtant, si intransigeant qu’ait pu être Arafat, il montra à plusieurs reprises sa volonté de conciliation. En 1986, il accepte la résolution 242 du Conseil de Sécurité de l’ONU impliquant la reconnaissance d’Israël dans le cadre d’un règlement global du conflit. En 1989, il déclare caduque la charte de l’OLP qui niait l’existence d’Israël. En 1993, il confirme par écrit au chef du gouvernement israélien Yitzhak Rabin que les articles de la charte palestinienne qui niaient à Israël le droit à l’existence sont désormais effacés. C’est ce qui amènera un grand pas vers la paix avec les accords d’Oslo de 1993, au cours desquels Arafat et Rabin se serreront la main, ce qui vaudra à Rabin d’être assassiné par un extrémiste israélien en 1995. Mais Ariel Sharon a donné trop de gages à l’extrême-droite israélienne. Et s’obstiner à présenter Arafat comme un chef terroriste était tout simplement grotesque. Certes, il le fut, comme le furent les Israéliens eux-mêmes. Car l’Irgoun (qui tua 110 militaires anglais en 1946 en faisant sauter le King David Hôtel de Jérusalem), la Hagana, Tsahal, le groupe Stern (qui assassina Bernadotte et le colonel français Sérot) furent des organisations terroristes avant de constituer l’embryon de l’armée israélienne.
Plus terroriste que moi, tu meurs !
La liste des Chefs d’État respectés qui furent tout d’abord des chefs « terroristes » est d’ailleurs impressionnante ! Je n’en citerai que quelques-uns : Eamon de Valera, premier président de la République d’Irlande, Nelson Mandela, devenu président de la République Sud-Africaine, Charles de Gaulle, fondateur de la Ve République française et, bien entendu, David Ben Gourion, premier président de l’État d’Israël, qui furent tous des chefs d’organisations dites « terroristes » par leurs adversaires. Alors, soyons sérieux ! Yasser Arafat ne fut terroriste que par nécessité et souvent il s’efforça de contenir les extrémistes de l’OLP. Mais il fut et il restera le héros éternel de la cause palestinienne, que celle-ci réussisse ou non. Cet homme hors du commun, d’une intelligence, d’une volonté et d’un courage exceptionnels, qui avait consacré tous les instants de sa vie à défendre le droit du peuple arabe de Palestine à constituer un État souverain, mérite le respect de tous. Ses ennemis s’honoreraient de ne pas lui marchander le leur…
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