Menou Pierre - mardi 03 janvier 2012
le-pen, 2012
Lu sur le site internet du Figaro : pour la « politologue » Anne Muxel, le comportement électoral des jeunes ne se différencie plus de celui de leurs aînés. «Contrairement aux années 60 et 70, le vote des jeunes ne se démarque guère de celui de leurs aînés, explique-t-elle dans L'expérience politique des jeunes. Il n'est plus traversé ni par le désir de changer radicalement la société ni par des visées anticonformistes».
Les analyses et les certitudes des « politologues » me réjouissent toujours. Au fait, qu’est-ce qu’un politologue ? Une monsieur ou une dame qui passe pour un expert de la politique parce qu’il a publié un bouquin généralement bourré de poncifs et quatre articles dans les revues de la presse conformiste. L’expertise, c’est le bon point attribué aux ignares par de plus ignares qu’eux. Le diplôme du bonnet d’âne.
Donc les jeunes ne voudraient plus changer radicalement la société et ne seraient plus « anticonformistes ». C’est sans doute pourquoi 28 % d’entre eux, selon un sondage Ifop, s’apprêteraient à voter pour Marine Le Pen en 2012… Marine Le Pen, aux yeux de la gentille Madame Muxel, c’est sans doute le conformisme ? Rien de plus système, ni de plus régimiste ? A lire la presse politiquement correct, on ne le croirait guère…
Ce n’est pas n’importe quelle frange de la jeunesse qui s’apprête à voter Le Pen : pas les fifils et fifilles des bobos parisiens, par exemple, dont papa-maman ont les moyens de s’offrir un logement dans la capitale et de gueuler des slogans gauchisants invoquant les nouvelles icônes de la République : sainte Parité et sainte Diversité, filles bégayantes de la vieille sainte Egalité. Cette jeunesse-là vote comme papa-maman, pour le sénateur Mélenchon quand elle est sagement révoltée, pour Eva Joly quand elle est conscientisée, ou pour Hollande quand elle est plus flanby.
La jeunesse qui vote Le Pen, en 2012, c’est la jeunesse ouvrière française, celle du nouveau lumpen-prolétariat des zones « péri-urbaines », moins bien traitée que la diversité banlieusarde parce qu’elle dispose de moins d’assistantes sociales susceptibles de lui indiquer les meilleur moyen d’ouvrir le robinet des aides, de moins de bus (qu’elle ne fait pas cramer) pour la conduire sur ses lieux de travail, de moins de postes, de moins d’écoles, de moins d’infrastructures. C’est la part la plus abandonnée de la jeunesse française, qui commence à ouvrir sa gueule pour formuler des vœux déraisonnables, en tête celui d’être reconnue pour ce qu’elle est : française. Gauloise, comme on dit. Souchienne, comme d’autres disent.
L’importance de la question identitaire
Le géographe Christophe Guilluy, sur le site internet Les Influences (1), précise que « la grande majorité de l’électorat potentiel de Marine Le Pen est constituée d’ouvriers et d’employés, on pourrait y ajouter les chômeurs (qui sont pour la plupart d’anciens ouvriers et employés) » vivant à l’écart des grandes métropoles.
C’est là, et non parmi les immigrés, qu’ils faut chercher les véritables victimes de la fracture sociale.
Dans les métropoles, observe le géographe, « une jeunesse populaire" issue de l’immigration " côtoie une jeunesse bourgeoise " issue de la gentrification ". Dans ces grandes villes, les aspirations de la jeunesse issue de la gentrification, souvent acquise aux bienfaits de la mondialisation et réceptive aux partis de gauche, ne se confondent pas avec les demandes de la jeunesse populaire des banlieues généralement abstentionnistes. »
Mais il existe aussi une jeunesse hors des dites métropoles : « Parallèlement, dans l’ensemble des espaces périurbains, ruraux et industriels, une jeunesse populaire a vu ses effectifs augmenter au rythme de la recomposition sociale des territoires et notamment du redéploiement des catégories populaires. La majorité de la jeunesse populaire vit dans ces espaces. C’est ici, dans cette jeunesse-là que les intentions de vote pour Marine Le Pen sont susceptibles d’être les plus élevées. Sur ces territoires les plus touchés par les plans sociaux, la jeunesse, souvent issue de milieu populaire, vit concrètement les effets négatifs des choix économiques et sociétaux des grands partis depuis 20 ans. » Et le résultat du sondage « montre que la question identitaire " travaille " désormais l’ensemble de la jeunesse populaire. »
Cette jeunesse française, que les politiques ont travaillé à dépouiller de son identité et de son héritage collectif, se tourne aujourd’hui vers ceux qui lui propose de les lui restituer. Vraiment, quelle surprise !
Pierre Menou
(1) http://www.lesinfluences.fr/Pourquoi-ces-jeunes-votent-Marine.html
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