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Changements : progrès ou régression ?


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Dumait Alain - dimanche 30 novembre 2003


Chacun peut admettre que le progrès économique et social passe par le changement, et donc par l’acceptation de celui-ci. Si l’on se place dans le cadre d’une société immobile, aux règles immuables, sans introduction de progrès techniques, non seulement le niveau de vie stagne mais en plus il a de fortes chances de diminuer, sous l’effet par exemple d’une réduction des ressources naturelles disponibles ou encore par l’effet d’une augmentation de la population. Telles étaient d’ailleurs les hypothèses au départ des réflexions d’un dénommé Robert Malthus…

Jusqu’à nos jours, le progrès technique a été associé au progrès économique. Certes, les machines, en remplaçant les hommes, dévoraient leur travail. Avec les suites de la révolution issue de l’invention de la machine à vapeur, une nouvelle classe ouvrière apparut, organisée en bataillon par des capitaines d’industrie qui devaient avoir pour principale qualité d’organiser leurs troupes. Le paupérisme se développa en même temps que commençait un essor économique qui s’est transmis jusqu’à nous.

Et toutes les découvertes, les innovations techniques, retenues par le marché et adoptées par les hommes, même quand elles comportent des aspects critiquables ou déplaisants, des externalités comme disent les économistes, par exemple parce qu’elles sont polluantes, sont synonymes de progrès, c’est-à-dire d’enrichissement et d’amélioration pour chacun de son niveau de vie matériel.

Il en est ainsi, sous nos yeux, de la révolution Internet comme des précédentes révolutions technologiques. Non seulement elle nous donne accès à des informations, à des services, elle nous permet de communiquer avec le monde entier, mais encore, elle sera, c’est sûr, pour plusieurs décennies, un puissant facteur d’enrichissement, dans les différents sens du terme, des individus.

Les changements techniques s’accompagnent toujours de changements organisationnels. Après la découverte des semences et l’invention de la charrue, la société rurale ne ressembla plus à ce qu’elle était avant la révolution néolithique. Et de même pour la société industrielle résultant des grandes découvertes du xixe siècle.

Mais, inversement, et contrairement à ce qui se passe au plan technique, tout changement dans l’organisation sociale n’est pas forcément un progrès. L’histoire du xxe siècle nous enseigne même que les révolutions politiques et sociales, quand elles n’obéissent ni à la nature, ni aux exigences du progrès technique, sont presque toujours une catastrophe.

Si la société doit s’adapter à l’économie, celle-ci n’a pas vocation à s’adapter aux constructions politiques artificielles inventées ex-nihilo par des idéologues ou des politiciens.

Pour les systèmes totalitaires, on l’espère, l’affaire est entendue. Mais la même leçon est loin d’avoir été assimilée, en particulier dans notre pays, en ce qui concerne le constructivisme en général, qui prend la forme d’innovations sociales totalement déconnectées de la réalité économique, et qui sont autant de sous-systèmes totalitaires.

Les exemples nombreux viennent immédiatement à l’esprit : le Smic, les 35 heures, hier le Rmi (introduit par la gauche), aujourd’hui, le Rma (introduit par la droite). Autant d’usines à gaz soi-disant sociales qui déconnectent un nombre toujours plus grand d’individus des réalités économiques et donc du travail et de l’emploi.

De droite comme de gauche, les citoyens qui continuent à se laisser berner par ces sornettes constructivistes, ont, en même temps, les plus grands doutes sur l’efficacité des réformes qui leur sont présentées et imposées par les politiciens. Ils en viennent donc à mettre en doute toute forme de changement au plan politique et social. Non seulement parce que ces changements bousculeraient un certain nombre d’habitudes, mais encore parce qu’ils savent par expérience qu’il n’est pas certain que lesdits changements soient porteurs de progrès.

Sans doute, le syndicalisme étudiant, emmené par l’Unef, est-il peu représentatif des usagers de l’Université, et en plus, très politisé, avec à sa tête des dirigeants ayant tous leur carte, qui du PS, qui du PCF, qui d’un groupuscule trotskiste ou d’un autre. C’est évidemment là, la raison majeure de l’opposition systématique à toute réforme présentée par le ministre Luc Ferry, même limitée, pour l’instant, à une simple harmonisation européenne des diplômes.

Mais ce ministre, qui avant d’être recruté par Jean-Pierre Raffarin fut longtemps au service de gouvernements de gauche - et qui montre d’autre part un certain courage en allant affronter en personne ses adversaires sur le terrain - qu’il le veuille ou non, est l’héritier d’une longue cohorte de ministres de l’Éducation nationale qui, depuis longtemps, depuis 1946 puis 1968, ont aligné des réformes qui n’ont abouti finalement qu’au délitement du service public de

l’Éducation nationale. Dans un tel contexte, c’est l’idée même de la réforme qui est durablement dépréciée.


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