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Charles Aznavour, les Arméniens et la présidentielle


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Baudouin Pierre - mercredi 02 février 2011

turquie
Parmi les câbles diplomatiques révélés par Wiki­leaks, il en est un qui a peu intéressé les médias, mais qui devrait intéresser les candidats à la prochaine présidentielle.

Il s’agit d’un télégramme envoyé par l’ambassadeur américain à Paris Craig Stapleton à propos des relations franco-turques daté du 12 juin 2007 (les législatives n’étaient même pas encore achevées !). Stapleton signale que Nicolas Sarkozy, pour améliorer les relations avec la Turquie, a proposé de réduire de 35 à 31 le nombre de chapitres à examiner pour l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne et d’enterrer au sénat la loi sur le négationnisme du génocide arménien.

On sait qu’en 2001, à l’initiative du sénateur-maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, le sénat, puis le parlement tout entier, avaient voté une loi « reconnaissant » le génocide arménien (alors que cette reconnaissance est toujours sanctionnée de dix ans de prison par le Code pénal turc…).
Depuis, l’Assemblée a voté en 2006 une loi pénalisant le négationnisme du génocide arménien et la communauté arménienne attend que le sénat en fasse autant.

Plusieurs points me paraissent problématiques dans cette affaire. D’abord, la proposition de loi votée en 2006 doit être devenue caduque puisque nous avons changé de mandature en 2007. Faut-il donc recommencer tout le processus législatif ou le vote du sénat suffirait-il, comme semblent le croire à la fois les Turcs et les Arméniens ?

Ensuite, je ne suis pas sûr qu’il soit de bonne politique de lier l’adhésion de la Turquie à l’UE à la reconnaissance du génocide arménien. Viendra peut-être un temps où la Turquie sera prête à reconnaître ce génocide. Il ne s’ensuivra pas nécessairement qu’elle soit mûre pour entrer dans l’UE – qui reste, même si cela ne plaît pas aux « bien-pensants », un « club chrétien » et même le « club » des nations qui ont lutté contre l’expansionnisme de l’empire ottoman !

Enfin, sur le fond, je suis extrêmement réservé sur les « lois mémorielles ». Je persiste à penser que le parlement n’a pas à dicter « l’orthodoxie » en matière historique (ou autre). Ces lois mémorielles sont même contre-productives, puisque l’on ne peut se défendre de penser que la loi vient alors au secours d’arguments historiques trop fragiles.

Mais tout cela n’est pas vraiment nouveau dans les colonnes des « 4 Vérités ». Il y a quelque chose qui me semble, non pas plus important, mais plus intéressant dans le contexte politique actuel.

En lien, vraisemblablement, avec la révélation de ce câble par Wikileaks – qui signifie clairement que Nicolas Sarkozy s’apprêtait dès juin 2007 à violer ses engagements sur son opposition à l’entrée de la Turquie en Europe –, Charles Aznavour a récemment déclaré dans le « Dauphiné libéré » (23 janvier 2011) qu’il songeait à utiliser sa notoriété pour obliger Sarkozy à tenir ses promesses – rappelant que la communauté arménienne « pesait » en France quelque 500 000 personnes et que tous les Français d’origine arménienne le suivraient.

Même si, en réalité, seuls 70 % des membres de la communauté arménienne « suivent » Aznavour dans ce combat, et que seulement la moitié d’entre eux votent à droite, cela ferait 175 000 voix qui manqueraient à Nicolas Sarkozy au premier tour. On peut bien sûr penser que ce n’est rien sur les plus de 40 millions d’inscrits sur les listes électorales. Mais il ne faut pas oublier que Lionel Jospin a raté le second tour de 2002 pour moins de 200 000 voix.
J’ignore si Aznavour ira jusqu’au bout. Mais il est certain que sa stratégie est efficace… et qu’elle doit faire trembler à l’Élysée !

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