Rouxel Jean - dimanche 05 décembre 2004
Nicolas Sarkozy a été largement plébiscité à la tête du parti majoritaire, le 28 novembre. Contrairement aux annonces, ce congrès n’avait rien d’un « sacre », ni même d’une « convention à l’américaine ». Ce qui est vrai, c’est qu’il était admirablement organisé et qu’il a réuni un nombre impressionnant de participants. Mais l’essentiel n’était sûrement pas dans cette remarquable réussite technique. L’essentiel tenait dans la guerre, à peine dissimulée, entre les gagnants du jour et les chiraquiens ou les raffariniens. Car il reste des raffariniens ! À défaut de militants, ces raffariniens siégeaient surtout dans le carré des VIP et l’on vit, outre le Premier ministre, des hommes comme Renaud Dutreil ou Patrick Ollier se forcer à sourire pour faire contre mauvaise fortune bon cœur. Ces ministres se trouvent, de fait, dans une situation désagréable : c’est toujours Jacques Chirac et Jean-Pierre Raffarin qui distribuent les maroquins, mais il ne faut pas, pour autant, insulter l’avenir… Pour les chiraquiens, c’était pire. Jean-Louis Debré n’a même pas daigné se déplacer. Michèle Alliot-Marie, quand elle a appris qu’elle ne parlerait pas comme prévu, est partie sur-le-champ. Dominique de Villepin n’a même pas voulu s’asseoir avec ses pairs !… François Baroin, en introduction, et Jean-Pierre Raffarin, en conclusion, ont lourdement insisté sur les devoirs du parti, à l’égard du gouvernement. De son côté, Nicolas Sarkozy a revendiqué sa liberté de ton. Il a chaleureusement remercié le président du Sénat, cachant mal son ressentiment à l’égard de celui de l’Assemblée nationale… Bref il a rappelé qu’il était le nouveau patron et entendait exercer toutes ses prérogatives. Cependant, ces escarmouches se déroulaient en coulisses. La vitrine était faite du triomphe du « petit Nicolas », qui mettait, à trente ans d’intervalle, ses pas dans ceux du « grand Jacques ». Surtout, il faut noter que son discours, très applaudi, était rien moins que centriste : apologie marquée du travail et critique des 35 heures ; apologie de la famille ; hostilité au marxisme, et même, mention du rôle joué par le pape Jean-Paul II dans la chute du mur ; apologie de la patrie… Certes, on ne peut se défendre de partager les doutes exprimés par Alain Laurent (p. 3). Il reste que les discours droitiers sont toujours les plus applaudis par les militants. Et qu’ainsi la fracture entre la ligne chiraquienne, à la gauche du PS, et la ligne sarkozyste, à la droite de l’UMP, apparaît plus nette encore…
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