Lance Pierre - samedi 24 avril 2004
Oussama Ben Laden, du fond de sa cachette, a fait savoir que les États européens qui s'abstiendraient d'agresser des pays musulmans n'auraient pas à craindre d'attentats terroristes de la part d'Al Qaïda. Jacques Chirac s'est aussitôt précipité sur les micros pour tonitruer qu'il était hors de question de négocier et de pactiser avec les terroristes. J'en suis resté pantois.
Certes, je n'ignore pas que défoncer à grand bruit des portes ouvertes fait partie du jeu politicien, mais là, je trouve que notre président a lancé le bouchon de l'autre côté de la rivière. Qui a parlé de négocier ? Ben Laden a-t-il proposé aux Européens des tractations autour d'un pacte de non-agression ? Ce n'est pas ce que j'ai entendu. Il a fait une simple déclaration d'intention unilatérale, comme il en fait périodiquement pour occuper le terrain médiatique, et Jacques Chirac n'a fait que lui donner du lustre.
Cette déclaration de Ben Laden ne faisait d'ailleurs que confirmer un état de fait, car personne ne croit sérieusement que la France ou l'Allemagne risquent actuellement des attentats émanant d'Al Qaïda, qui réserve ses coups à l'Espagne, l'Italie et la Grande-Bretagne, parce que leurs gouvernants ont suivi George W. Bush. Les islamistes n'auraient aucun intérêt à ne pas faire de différence, et qu'ils le proclament ostensiblement ne change rien à l'affaire.
C'est pourquoi je me perds en conjectures sur ce qui a pu motiver le fougueux discours de Jacques Chirac, qui m'a semblé d'une inutilité absolue. À moins qu'il ait voulu faire plaisir au président Bush, en espérant favoriser ainsi la participation des entreprises françaises à la reconstruction de l'Irak, dont elles ont été jusqu'alors écartées. Pour l'heure, et à ma connaissance, les autres pays européens n'ont pas cru devoir réagir à la déclaration de Ben Laden, ce qui est la sagesse même. Car il eut été préférable que ce message tombe complètement à plat et ne reçoive aucun écho de quiconque.
La France, force de paix
Nul n'ignore que depuis la fin de la guerre d'Algérie, la politique étrangère de la France n'a pas varié, quels que soient les présidents et les gouvernements qui se sont succédés au pouvoir. Elle consiste depuis quarante ans à entretenir avec les pays arabes des relations aussi amicales que possible. Quelques esprits simplistes n'ont pas manqué d'y voir une complaisance excessive, voire même la marque d'une certaine veulerie. Il est toujours facile de chercher des motifs mesquins aux intentions politiques que l'on désapprouve ou que l'on ne comprend pas. Mais quant à moi je considère que cette attitude se révélera de plus en plus profitable au monde entier, y compris aux Américains et même aux Israéliens, quoi qu'ils puissent en penser actuellement. Car enfin, ouvrons les yeux sur l'avenir du monde : la troisième guerre mondiale se prépare sous nos yeux (certains disent même qu'elle a commencé le 11 septembre 2001), et comme rien n'arrête le « progrès », si elle éclate pour de bon, elle sera totalement terrifiante et les souffrances de l'humanité entière seront sans précédent, ainsi que la pollution aggravée de la planète. Pour lors, ce n'est encore qu'une guerre « tiède » (et c'est pourquoi il était irresponsable à l'extrême d'aller caracoler en Irak, alors que l'innocence des Irakiens dans les attentats du 11 septembre était d'une évidence criante).
Mais si l'affrontement Islam/Occident s'envenime de plus en plus, la France sera le pays le mieux placé au monde pour éviter la conflagration générale, car sa diplomatie aura su conserver l'oreille de tous les belligérants potentiels.
Toutefois, pour être crédible aux yeux de toutes les parties, on ne doit pas se départir de la plus grande équité. Or, après l'exécution à la roquette par l'armée israélienne de l'un des fondateurs du Hamas, Ahmad Yassine, puis de son successeur à la tête de ce mouvement, Abdelaziz al-Rantissi, la France et l'Union européenne, ainsi que le Vatican, ont cru devoir condamner ce qu'ils ont appelé des « assassinats ». George W. Bush, pour sa part, a refusé de le faire et a déclaré qu'Israël avait le droit de se défendre contre les groupes terroristes. Eh bien, pour une fois, je suis totalement d'accord avec Bush et pas du tout avec Chirac.
Il est indécent de parler d'assassinats lorsque deux peuples sont en guerre. Car une guerre n'a jamais été autre chose qu'une production industrielle d'assassinats mutuels. Et nul n'ignore que le Hamas a organisé de nombreux attentats-suicides contre les civils israéliens. Si assassins il y a, ils sont des deux bords, et ce n'est pas œuvrer pour la paix que prétendre n'en voir que d'un côté
6 commentaires - Ecrire un commentaire
|