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Cohésion sociale et immigration


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Dumait Alain - samedi 03 juillet 2004


Jean-Louis Borloo, 51 ans, ministre de l’Emploi, du Travail et de la Cohésion sociale est, on le sait, au gouvernement, la nouvelle coqueluche du Président de la République. Avec Jacques Chirac, l’intéressé partage en effet un positionnement particulier. L’un comme l’autre sont des élus de la droite, entièrement tournés vers les électeurs de la gauche…
« Le plan de cohésion sociale » qui devait être présenté par Jean-Louis Borloo, mercredi dernier, au Conseil des ministres s’appuie d’abord sur des statistiques. Les chiffres du chômage sont aujourd’hui fortement sous-évalués parce que, depuis vingt ans, on a accumulé les astuces administratives et statistiques pour réduire le nombre apparent des chômeurs qui, malgré tout, officiellement, sont encore, dans notre pays, près de 3 millions.
À l’inverse, le nombre des demandeurs de logements sociaux est certainement surévalué. En effet, le seul fait de s’inscrire dans une mairie comme demandeur de logement est créateur d’un « faux droit » social. Et, à chaque fois qu’on nettoie les listes de demandeurs, on constate que les deux tiers ou les trois quarts des personnes qui y figurent ont trouvé eux-mêmes la solution.
Mais il s’appuie surtout sur une analyse et une conviction : il y a une spécificité française avec un chômage de longue durée et un faible taux d’activité pour les jeunes ; « cette France à deux vitesses est arrivée à un point qui hypothèque l’avenir ».
À partir de là, le plan Borloo comporte des mesures qui peuvent être intéressantes, allant dans le sens de l’insertion des chômeurs de longue durée, qui passe évidemment par une formation appropriée et, souvent, un soutien psychologique durable et personnalisé. Réunir les compétences de l’ANPE, de l’UNEDIC et d’autres organismes administratifs ou consulaires, pour en faire des « maisons des ressources humaines » est une piste qui mérite d’être explorée. Comme tout ce qui va dans le sens d’une gestion active du chômage plutôt qu’une gestion lourdement administrative. Et, de fait, plusieurs pays voisins du nôtre ont une gestion plus dynamique du problème.
À peine exposé, le plan Borloo est soumis aux contraintes budgétaires rappelées quotidiennement par Nicolas Sarkozy. Ce qui limite les nouveaux crédits demandés comme les ambitions de l’ex-maire de Valenciennes.
Mais d’autres facteurs, autrement plus forts, limitent les résultats que l’on peut attendre du plan Borloo.
Toujours entièrement acquis à une politique économique tournée vers le soutien de la demande (voir l’article de Bernard Trémeau page 2), le gouvernement vient de décider d’augmenter le Smic une nouvelle fois, de 5,8 %. Manifestement, il ne comprend pas qu’en procédant ainsi, il favorise l’exclusion du marché du travail de tous ceux dont la productivité est inférieure à ce salaire.
Ce sont, à court terme, plusieurs dizaines de milliers d’emplois en moins. Élément qui annule les bienfaits attendus au titre d’une relance de la consommation. Une mesure destructive d’emplois ne peut pas être créatrice de richesses.
Comme le fait remarquer le Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, pendant que le chômage ne diminue pas, le nombre d’offres d’emplois non pourvus augmente. Il en est le premier responsable, à cause de l’erreur de l’augmentation forte du Smic qu’il renouvelle pour la troisième fois. Malgré tout, les efforts de formation, d’insertion et d’intégration ne peuvent faire que du bien.
Ma dernière remarque est d’ordre politique. C’est la plus grave. Du début jusqu’à la fin, le plan Borloo parle de l’immigration, mais toujours par prétérition. Le mot n’est jamais prononcé. Et pourtant, il est présent d’un bout à l’autre, tout au long de ses interviews, au fil de tous les articles de presse qui lui sont consacrés.
Car de quoi d’autre serait-il question quand on parle de « désintégration », de « discrimination » positive et d’« insertion » ?
C’est en effet sur les populations issues de l’immigration, que celle-ci soit récente ou plus ancienne, que se concentre aujourd’hui, non pas la totalité mais l’essentiel de la question sociale. Pour dire les choses autrement, les différentes faces de la politique sociale ont pour principaux bénéficiaires des personnes issues de l’immigration. Telle est la réalité, lourde, massive, aveuglante, que Jean-Louis Borloo connaît aussi bien qu’un autre, mais qu’il ne prononce jamais. Comme lui, comme pour Chirac, c’est tabou.
Pourtant, il serait plus honnête de parler d’un plan d’intégration des familles et des jeunes immigrés. Pourquoi pas, d’ailleurs ? C’est en effet une urgente nécessité. Mais cela exige qu’on regarde les choses en face. Que l’on admette que l’immigration, en particulier de populations non francophones, constitue le problème numéro 1 de la société française. Et avant de dépenser des milliards d’euros pour améliorer les conditions de leur insertion, il faudrait quand même commencer à en contrôler sérieusement les flux…

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