Rouxel Jean - samedi 17 janvier 2004
Les vérités économiques ne sont pas dans les discours des politiciens mais dans les résultats chiffrés. Loin de diminuer, la sphère publique française a plutôt grossi ces dernières années. La part des dépenses publiques dans le Produit intérieur brut était, en effet, fin 2002, de 54 % en France, alors qu’elle n’était que de 47 % en moyenne au sein de l’Union européenne et même de 41 % au Royaume-Uni et de 35 % aux États-Unis. Certes, les prélèvements obligatoires qui regroupent impôts et cotisations sociales n’étaient cette année-là « que » de 44 % : la différence est constituée de déficits abyssaux. Depuis trente ans, malgré l’accumulation d’une dette publique officielle de quelque mille milliards d’euros, ces prélèvements, en pourcentage du PIB, ont augmenté de dix points. La bureaucratie française était un problème. Grâce à nos politiciens, elle est devenue une catastrophe…
Dans le même temps, d’énormes puissances économiques sont devenues les usines du monde, en Chine, en Asie du Sud Est, en Inde. L’essentiel des investissements industriels s’y concentre générant là-bas la quasi-totalité des nouveaux emplois. En contrepartie, chez nous, l’investissement productif est en panne et recule en volume chaque année. À partir du moment où la croissance n’est plus tirée par l’investissement mais par la consommation, on conçoit qu’elle soit pauvre en création d’emplois...
Cette évolution, liée à la mondialisation, pour l’essentiel, est inéluctable. Elle offre d’ailleurs une foule d’opportunités aux capitaux et aux talents suffisamment mobiles. Mais elle exige aussi, de toute urgence, une adaptation de la sphère publique. Celle-ci est à l’œuvre dans la plupart des pays occidentaux y compris, depuis quelques mois, chez nos voisins allemands.
En France, compte-tenu du poids de notre arthrose sociale, la réforme devrait s’apparenter à une révolution copernicienne.
À l’Élysée comme à Matignon, si l’on en croit les conseillers du Président de la République comme de son Premier ministre, on n’est pas loin de partager ce diagnostic. Mais on prétend que les changements, loin d’être reportés, sont mis en œuvre, énergiquement. Aller plus vite et plus loin serait, selon les tenants de cette politique, prendre le risque d’ouvrir une crise de régime.
Les chiffres rappelés ci-dessus permettent de trancher le débat entre ceux qui prônent une réforme générale de la sphère publique et ceux qui se satisfont de réformettes bien tardives : si l’on ne veut pas courir, il eut fallu, comme la tortue de la Fontaine, savoir partir à point !
2 commentaires - Ecrire un commentaire
|