Rouxel Jean - mercredi 14 mars 2007
elections-presidentielles, sarkozy, violence
Chez les enseignants se dessine un bouleversement idéologique : selon un sondage Ifop du mois dernier réalisé pour le Monde de l’Éducation, 19 % des enseignants – 29 % de ceux du privé – voteraient pour Nicolas Sarkozy au premier tour, et 38 % au second tour. Il aurait été impensable, il y a quelques années, que tant d’enseignants envisagent un seul instant de porter à la magistrature suprême un ministre de l’Intérieur de droite. Surtout un ministre de la trempe de Sarkozy, accusé par la gauche de provoquer les banlieues avec ses formules carrées, telles que « nettoyer au Karsher » : un « fasciste »…
Avec les policiers et gendarmes, les enseignants sont en première ligne face aux « jeunes », pour lesquels ils incarnent l’ordre – contrairement aux « travailleurs sociaux ». Situation paradoxale, pour une profession imprégnée de l’esprit soixante-huitard, allergique à l’ordre et à l’autorité. Les enseignants encaissent la montée de la violence dans les établissements scolaires des zones « sensibles », s’y faisant couramment insulter, et quelque fois rosser. Le spectacle de la terreur – raclées et rackets – infligée à certains élèves par d’autres dans les cours de récréation et les couloirs, devant lequel les enseignants sont généralement impuissants, leur occasionne un stress supplémentaire. Ils sont particulièrement sujets à la dépression nerveuse. Comme les membres des forces de l’ordre.
Les enseignants auront mis longtemps à amorcer le virage. Ils auront opposé – et continuent d’opposer, dans leur majorité – un refus catégorique aux notions d’autorité et de discipline comme moyen de rétablir l’ordre dans les établissements scolaires. Réputées de droite, elles contredisent l’idée que ce ne sont pas les fauteurs de troubles qui sont coupables, mais la société uniquement.
Au nombre de 1 115 000, les enseignants représentent 53 % des effectifs de la fonction publique d’État : un enjeu électoral primordial. Aussi, Sarkozy a-t-il demandé à Xavier Darcos – ex-directeur de cabinet de François Bayrou à l’Éducation nationale – un rapport, qui vient de lui être remis, sur la façon de revaloriser la condition enseignante. Bayrou bénéficie, lui aussi, du désamour naissant des enseignants pour la gauche. Selon l’Ifop, 27 % de ceux-ci soutiennent sa candidature, alors que seulement 8 % d’entre eux votèrent pour lui en 2002. On glosera pour savoir si ce sont des votes de gauche ou de droite. En tout cas, ce ne sera pas des votes PS…
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