Thieulloy (de) Guillaume - jeudi 11 février 2010
livres
Notre ami Jean Robin vient de signer un passionnant ouvrage intitulé « Petit dictionnaire des débats interdits (mais légaux) ». La précision entre parenthèses n’est pas inutile… ne serait-ce que pour éviter la correctionnelle !
Il y aurait beaucoup à dire sur les lois liberticides françaises. Nous avons fréquemment, dans ces colonnes, dénoncé ces lois qui prétendent conférer au Parlement le pouvoir extravagant de dire, non pas seulement ce qui est conforme au droit, mais ce qui est conforme à la vérité. Je profite de l’occasion pour redire tout le mal que je pense de cette dérive totalitaire : non le Parlement n’est pas compétent pour dire le vrai et le faux ! Et il y a tout lieu de penser qu’un Parlement pourvu de cette ahurissante prétention, d’une part délaisse ses véritables prérogatives (où voit-on le Parlement français contrôler sérieusement l’exécutif ?…) et d’autre part, prend le risque d’apparaître illégitime dans l’opinion publique…
Mais, encore une fois, ce n’est pas de cela qu’il est question. Il s’agit, dans le livre de Jean Robin, d’une liste des dossiers pour lesquels la censure médiatique prend le relais de la censure judiciaire.
Plutôt qu’un dictionnaire, il s’agit donc d’un recueil – hélas ! non exhaustif – des dossiers qu’il vaut mieux ne pas traiter si vous voulez « percer » dans les médias.
Tous ces débats sont présentés, grosso modo, de la même façon : une définition, une évaluation du « niveau d’interdiction », un historique, un mot sur le point de Godwin (du nom de cette célèbre loi sociologique, selon laquelle plus une discussion dure longtemps, plus la probabilité d’y voir mêler les noms d’Hitler et l’accusation de nazisme est forte…), les invectives employées contre les « contrevenants » qui décideraient de passer outre l’interdiction du débat, les modalités et les causes de l’interdiction, une courte revue des arguments interdits et des incompréhensions sur le sujet.
Quant aux sujets, ils sont des plus variés et l’auteur assume volontiers la part d’arbitraire dans les choix réalisés : on va du réchauffement climatique ou de l’islam à la peine de mort et à la pédophilie, en passant par la possibilité que l’équipe de France de « balle au pied » ait été dopée lors de sa victoire pour la coupe du monde de 1998 ou encore l’éventualité que Corneille ait écrit tout ou partie des pièces de Molière…
On le voit, les sujets ne sont pas vraiment tous sur le même plan : des thèmes légers côtoient les débats les plus graves, des thèmes politiques voisinent avec des interdits culturels…
La place me manque pour évoquer ici tous les sujets.
On pourra être choqué de la présence de tel ou tel thème ; on pourra juger contre-productif d’évoquer côte à côte des sujets sans le moindre rapport entre eux. Certes. Mais ce qui compte, c’est tout de même que la France crève d’une forme de censure (ou d’autocensure) qui empêche tout débat sur un nombre croissant de sujets. Or, faute de débat, aucune solution ne peut être trouvée à certains problèmes graves dont souffre notre pays. Pire, aucune solution ne peut être proposée pour des problèmes dont l’existence même est occultée.
Pour ne parler que des sujets politiques, que je connais mieux que les autres, comment débattre de la crise dont souffre actuellement notre institution judiciaire si nous nous interdisons a priori toute réflexion sur la peine de mort ?
Ou encore comment peut-on réfléchir à l’intégration de populations de culture musulmane si nous nous interdisons a priori toute critique de l’islam ? Mais, ici, on voit à quel point les censures légales et les censures extra-légales se rejoignent : la critique de l’islam est, de façon générale, admise ; mais, dans la pratique, elle n’est praticable qu’aux risques et périls des auteurs car il est extrêmement facile d’assimiler une critique de l’islam à une « incitation à la haine raciale », selon la jurisprudence constante de la funeste loi Pleven de 1972 (la loi fondatrice de l’« antiracisme »).
C’est pourquoi il importe, non seulement d’ouvrir le plus de tribunes possibles pour débattre de ces sujets « interdits », mais encore de soutenir autant que nous le pouvons ceux qui sont condamnés au titre des lois liberticides – seraient-ils d’un « camp » fort éloigné du nôtre !
Jean Robin
Petit dictionnaire des
débats interdits
(mais légaux)
Tatamis
406 pages – 20 euros
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4 Vérités-DIP 18 à 24, quai de la Marne 75164 Paris Cedex 19 OU
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