Artur du Plessis Laurent - mercredi 25 octobre 2006
George W. Bush a reconnu, le 20 octobre, que la situation en Irak est « difficile ». Le lendemain, il consultait ses généraux. Les législatives du 7 novembre prochain expliquent cet aveu, concédé à une opinion publique américaine de plus en plus rétive. Ca va mal. Les assassinats confessionnels de chiites et sunnites se multiplient, et les cadavres portent, souvent, des traces de tortures. Les miliciens chiites défient ouvertement l’autorité du gouvernement central, et infiltrent ses forces de sécurité. Ce mois d’octobre est l’un des plus meurtriers, pour les Américains, depuis l’invasion de mars 2003, avec, déjà, plus de 70 militaires tués.
Le constat de Bush fait suite à celui de certains chefs militaires. Le 13 octobre dernier, dans le « Daily Mail », le général Dannatt, commandant les 7 200 soldats britanniques en Irak, a préconisé leur retrait rapide. Ses hommes sont, depuis trois ans, affectés par une inquiétante prolifération de suicides. Tony Blair l’a assuré de son « soutien total », affirmant qu’il approuvait « chaque mot » de son interview.
Le général américain John Abizaid, patron du commandement central des opérations en Irak, en Afghanistan et au Proche-Orient, est sombre, lui aussi. À la mi-octobre, il a déclaré, devant une commission du Sénat : « Aucune nation au monde n’a jamais réussi à contrôler ce qui se produit au Proche-Orient. On découvre vite, sur place, que c’est le Proche-Orient qui nous manipule ». Le dernier rapport trimestriel du Pentagone au Congrès sur la guerre d’Irak, auquel le général Abizaid a contribué, faisait état du mauvais moral des troupes, et développait une analyse pessimiste…
Ce n’est pas plus brillant en Afghanistan, où les Talibans sont repassés à l’offensive. Au début, par petits groupes de combattants, 8 à 15 hommes, menant de brefs assauts. Ensuite, avec des attaques d’envergure, 100 à 150 hommes, pouvant durer deux à trois jours. Ces Talibans sont bien armés, grâce au trafic de drogue. Le général Abizaid a dit aux sénateurs être « très sceptique » sur le comportement des militaires pakistanais, qui ne lui transmettent pas toutes leurs informations sur les zones tribales situées près de l’Afghanistan. Pour cause : le président Musharraf est aux prises avec une opinion publique profondément islamiste, hostile à sa coopération avec les Américains. En outre, les Talibans pakistanais sont maîtres des provinces de l’ouest, où se ressourcent les jihadistes afghans. Islamabad a, récemment, signé un pacte avec les tribus de ces provinces : l’armée gouvernementale ne les importunera pas, et, en contrepartie, elles ne chercheront pas à étendre l’influence des Talibans au reste du pays. Les troupes de l’OTAN sont devant un tonneau des Danaïdes : elles mettent hors de combat de nombreux Talibans, mais des norias toujours plus importantes les remplacent, le recrutement battant son plein.
Aussi, dans le « Figaro Magazine » du 14 octobre dernier, Jaap De Hoop Scheffer, secrétaire général de l’OTAN, a-t-il annoncé que celle-ci allait devoir doubler ses effectifs en Afghanistan, en partie grâce à des renforts polonais… Aux déboires militaires occidentaux en Irak et en Afghanistan, fait écho le demi-échec israélien face au Hezbollah, après 34 jours de combats. Les troupes islamistes, dopées par l’explosion démographique des pays musulmans, et fanatisées par le jihad, saignent des armées occidentales anémiées par la dénatalité et, pour ce qui est des alliés des États-Unis, par la réduction des budgets militaires. En outre, l’Occident combat, les mains liées par le droit-de-l’hommisme, un ennemi utilisant les civils comme bouclier humain et usant de la pire cruauté. (Dans notre courrier d’un lecteur du n° 563, nous avons repris l’information parue dans le « Daily Mail » du 1er octobre dernier : selon des militaires britanniques, des soldats français, prisonniers des Talibans, furent éventrés vivants !)
Tôt ou tard, la Maison Blanche devra renoncer à son projet de démocratisation des masses musulmanes, nécessitant le contrôle d’immenses territoires, et de leurs chaudrons urbains. À ce jeu, l’Occident perd. Quelle stratégie de remplacement ? Limiter la tâche des militaires à la sécurisation des champs pétrolifères et gaziers ainsi que des oléoducs et gazoducs, et abandonner le reste à lui-même, notamment les villes. Le messianisme démocratique, de toute façon voué à l’échec en terre d’islam, doit s’éclipser devant les impératifs vitaux liés au contrôle des ressources énergétiques. En Irak, elles surabondent.
32 commentaires - Ecrire un commentaire
|