Dumait Alain - dimanche 09 janvier 2005
Cette année 2005, n’en déplaise à notre président de la République (voir l’édito page une), s’ouvre dans un contexte économique peu favorable. Alors que l’économie mondiale ne s’est jamais si bien portée, avec une croissance en volume de l’ordre de 4 % en 2004 (un record), elle n’a été chez nous que de l’ordre de 2 %. On dira que les résultats sont pires en Allemagne. C’est vrai, notamment parce que nos voisins continuent à payer les conséquences des conditions de la réunification de leur pays. Mais, partout ailleurs, on fait mieux, aussi bien en Europe qu’aux États-Unis, où le taux de croissance de l’économie est proche du taux mondial. Du coup, là-bas, on crée de nouveaux emplois, le solde est positif, même après comptabilisation des emplois supprimés, alors que, chez nous, c’est l’inverse : la situation de l’emploi ne s’est pas améliorée en 2004, elle a même continué à se détériorer pour les jeunes de moins de 25 ans (qui sont au chômage dans la proportion de 25 %, un vrai scandale !).
Quand tous les économistes s’attendent à un ralentissement de la croissance économique en 2005, on peut facilement pronostiquer que la situation de l’emploi va, à nouveau, se dégrader, qu’on risque fort de franchir une nouvelle fois la barre des 10 % de demandeurs d’emplois et des deux millions de chômeurs officiellement enregistrés.
Or, la situation de notre pays n’est différente de celle des autres pays également développés que sur le seul point de sa gouvernance politique. Nos responsables politiques, s’appuyant principalement sur une administration pléthorique, continuent à faire confiance au dirigisme, tandis que, partout ailleurs où les choses marchent mieux, les politiciens font confiance aux entrepreneurs pour créer richesses et emplois. Y compris dans les pays à majorité socialiste, comme en Grande-Bretagne ou dans les pays du nord de l’Europe.
Le 31 décembre 2004, Jacques Chirac, en promettant aux entreprises françaises une nouvelle augmentation de leurs charges – sous forme d’une nouvelle revalorisation du SMIC – s’est clairement aligné sur le modèle économique cher à nos syndicats, en particulier FO (organisation dont il a été très proche, du temps où elle était dirigée par André Bergeron), pour laquelle toute augmentation des salaires est bonne pour la consommation, donc pour la croissance économique.
En vérité, le début de cette année 2005 est marqué par une vague d’augmentions de charges et de tarifs publics :
– Avant que de voir les effets supposés bénéfiques de la énième réforme de l’assurance maladie, les mutuelles et les compagnies d’assurances commencent par augmenter leurs tarifs, parfois de plus de 10 % !
– On ne coupera pas, avant peu, à un nouveau renchérissement des cotisations obligatoires de l’assurance chômage : non seulement parce que le nombre des bénéficiaires va s’accroître, mais aussi parce que les dettes de l’Unedic viennent de franchir la barre des 10 milliards d’euros…
– France Télécom fait le forcing auprès du gouvernement pour obtenir une augmentation de 20 % sur trois ans du prix de son abonnement au téléphone fixe.
– EDF, avant de perdre complètement son monopole de distribution, implore également une hausse de tarif…
– La Poste a, elle aussi, augmenté ses tarifs au 1er janvier. Non seulement le timbre est passé de 50 à 53 centimes d’euro, mais, pour la presse, les augmentations vont jusqu’à plus de 32 % ! (dans le cas des « liasses à trier », « toute France »). Or, cette augmentation faramineuse s’appliquera principalement aux petits éditeurs, dont le nombre d’envois en « liasse directe » – ou pré-triés – est forcément limité.
(Dans le cas de notre publication, une rapide simulation nous donne à penser que le surcoût entraîné par cette décision unilatérale sera de l’ordre de 30 000 euros par an, soit une somme supérieure à notre marge nette…)
En ce qui concerne La Poste, EDF et France Télécom, on peut espérer que ce sont les derniers feux de monopoles en voie d’extinction. Les derniers prélèvements exceptionnels de ces entreprises publiques, réclamant une dernière rançon avant la libération de leurs « usagers ». Mais a-t-on déjà vu – en Irak ou ailleurs… – des preneurs d’otages ne réclamant pas de rançon ?…
L’ennui est que cette mentalité de preneurs d’otages est toujours aussi répandue dans l’ensemble de la sphère publique, aussi bien du côté des politiciens, des chefs syndicalistes que des agents fonctionnaires.
Tout est prétexte à nouvelle rançon. Même les catastrophes naturelles. Jacques Chirac, puis Bernard Kouchner, ne viennent-ils pas de profiter du tsunami du 26 décembre 2004 pour suggérer, le premier que l’on efface les dettes de tous les pays concernés du golfe du Bengale, et le second que l’on instaure une taxe mondiale sur les transactions financières, chacune de ces propositions s’analysant comme du rançonnement des contribuables, au profit principalement des nantis du tiers-monde dans le premier cas, des technocrates internationaux (défiscalisés) dans le deuxième cas ?…
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