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Conversation sur les sujets qui fâchent


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Milliere Guy - mardi 06 mai 2008

israel, islamisme
Conversation sur les sujets qui fâchentUn livre d’entretiens permet à ses auteurs de parler de manière directe, sans circonlocutions.
Celui que signent Gilles-William Goldnadel, avocat de renom (et rédacteur d’un blog remarquable : blognadel.over-blog.com) et Alexandre Adler, avec la complicité de Clément Weill-Raynal, n’échappe pas à la règle. Il y est question de divers aspects de l’ère contemporaine qu’il est de bon ton de laisser de côté, ou de n’aborder qu’à mots feutrés.

L’Iran des mollahs ? Si Adler rêve d’une « situation plus apaisée », en s’appuyant sur le gouffre qui sépare une population plutôt modérée de dirigeants corrompus et parfois fanatiques, Goldnadel, lui, ne se fait aucune illusion : on ne peut espérer le moindre calcul rationnel de la part d’un régime « à vocation suicidaire ». La Turquie ? Là encore, Adler se montre prudent et souligne la nécessité d’« associer au destin de l’Europe l’État le plus avancé de l’islam », Goldnadel répond que la Turquie n’est pas européenne et rejette le chantage : « Soit on entraîne la Turquie dans le sillon européen, soit elle deviendra dangereuse et incontrôlable. Cette alternative me paraît aussi irrecevable moralement que politiquement ».

Pour ce qui concerne le conflit israélo-arabe, les deux auteurs ont des positions plus proches. « Ce qui intéresse toujours la majorité des Arabes de Palestine, c’est la disparition de l’entité détestable qui occupe un territoire, à leurs yeux arabe et musulman », dit Goldnadel. « Un peuple qui est capable d’envoyer ses enfants de dix-sept ans… se suicider pour tuer avec eux des dizaines d’autres jeunes gens est un peuple… qui n’est absolument pas un interlocuteur valable pour bâtir un projet commun ». Goldnadel va plus loin, et pense clairement que l’impasse actuelle ne serait pas tenable sans complicités extérieures : « La sanctification de la violence dirigée contre des civils juifs fait l’objet d’une grande indulgence dans les milieux intellectuels et médiatiques européens ». Adler précise ce qui doit sans cesse être rappelé : il n’y a, de toute façon, « jamais eu de peuple palestinien proprement dit ».

Il est ensuite question du communautarisme et des faux débats qu’il entraîne, de l’antisémitisme qui, sans être le moins du monde généralisé, n’en persiste pas moins en Europe et en France, particulièrement au Quai d’Orsay et dans les discours de gauche politiquement corrects qui dissimulent les vieilles haines antijuives sous les habits de l’antisionisme : « La manière la plus commode, la plus gratifiante, la plus sécurisante aujourd’hui d’être antisémite, c’est de s’attaquer à Israël », dit Goldnadel, qui en profite pour dénoncer les « coquecigrues révisionnistes d’un Norman Finkelstein ».

Tout comme il défend Israël, et pour des raisons, au fond, très proches, Goldnadel défend aussi l’identité française, « celle d’un pays judéo-chrétien, de tradition principalement catholique », menacé aujourd’hui en son intégrité par une « immigration non européenne massive ». Adler voit dans la construction européenne non un effacement des identités, mais leur « conjugaison ».
Le livre ne serait pas complet sans que soit abordée la qualité de l’information diffusée par les médias français. Si, comme le dit Goldnadel, « les stéréotypes antiaméricains, anti-israéliens et anti-français » abondent, ce n’est pas, ajoute Adler, une question de malhonnêteté, mais de « disposition inconsciente, formatée, conditionnée ».

Le livre ne serait pas complet non plus sans un chapitre sur la justice, imprégnée, dit Goldnadel, de « préjugements automatiques largement inconscients ». Se trouvent abordés également les engagements et les égarements de nombre d’intellectuels français, le recours de plus en plus fréquent par les médias à des gens appelés à parler en dehors de leur domaine de compétence et le danger inhérent à la relativisation de la shoah.

Il s’agit, comme le dit le titre, de « sujets qui fâchent ». Le lecteur honnête, quant à lui, sort de la lecture de cet ouvrage l’esprit stimulé, plus ouvert, inquiet seulement de ce que tant de vérités salubres soient, en ce pays, devenues si difficiles à énoncer…

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