Milliere Guy - dimanche 26 février 2006
J’ai eu l’occasion de rencontrer deux fois Craig Stapleton depuis sa nomination au poste d’ambassadeur des États-Unis à Paris au mois de juillet dernier. La première fois, c’était à l’occasion d’un déjeuner organisé aux fins de créer des liens entre l’ambassade et quelques uns des intellectuels français réputés pour leur « ouverture » à l’Amérique. Craig Stapleton voulait, humblement, entendre de la bouche de quelques brillants esprits ce qu’était l’état de l’opinion française à l’égard des États-Unis. Il se demandait aussi ce qui pourrait être fait pour que se retissent les liens entre la France et les États-Unis et pour combler le fossé d’incompréhension entre la France et l’Amérique.
Nous étions en petit comité, huit ou neuf personnes, la conversation pouvait être détendue, et elle le fut. À ma grande consternation, j’ai pu assister pendant l’essentiel du déjeuner à un étalage de mondanités et de suffisances. On parle beaucoup du déclin de la France : l’une de ses marques les plus terribles à mes yeux est la façon dont les membres de l’intelligentsia de ce pays parlent et pensent. Comme s’ils savaient tout, comme s’ils étaient par définition les plus intelligents, comme s’ils avaient sans cesse des leçons à donner. Ils ne voient pas ce qui arrive à leur propre pays ou feignent de ne pas le voir. Ils ne voient pas comment le monde évolue et se transforme.
Plutôt que de voir que les États-Unis sont la première puissance du monde pour des raisons concrètes et précises qui devraient nous donner à penser, ici, aujourd’hui, ils semblent toujours penser que la France reste absolument inégalée. Craig Stapleton ne disait rien aux donneurs de leçons… Depuis, il y a eu les émeutes de novembre, et le confort intellectuel des élites françaises a été bousculé un instant. Les émeutes ont pris fin et le confort intellectuel a repris sa place. J’ai tenté, dès cette première rencontre d’expliquer ma vision des choses à Craig Stapleton : la France a un beau passé et elle est peuplée de braves gens, mais elle n’a cessé d’être trahie par ses élites. Nous sommes dans une sorte d’ancien régime. Une caste politique, journalistique, universitaire qui se reproduit par initiatisme et qui vit de prébendes et de privilèges, plane au dessus des malheurs du pays sans rien comprendre.
Rarement autant qu’à l’occasion de ce déjeuner, j’ai senti qu’il existait effectivement un malheur français. Rarement, je me suis senti autant américain par l’esprit : j’avais envie d’être humble comme l’était Craig Stapleton, j’avais envie de dire, comme lui, que rien n’est plus important que la liberté et la dignité des êtres humains. Je pensais que la population française avait besoin de liberté, de dignité, de prospérité, mais qu’elle risquait fort de continuer à glisser vers le pire tant que ses dirigeants manqueraient à ce point d’humilité et de contact avec la réalité. Craig Stapleton n’avait pas besoin de dire ou d’affirmer : il incarnait la puissance de la liberté.
J’ai revu Craig Stapleton. C’était en décembre. Après les émeutes. Pour réaliser un entretien publié depuis dans le mensuel « Le spectacle du monde ». J’ai tenté au fil de mes questions, tout comme Gerald Olivier qui m’accompagnait, d’offrir à Craig Stapleton un moyen de parler sans barrages à la population française et lui dire l’essentiel. Craig Stapleton a, avec un brio qu’il n’a jamais cherché à souligner, et avec une gentillesse et une simplicité très émouvantes, rempli sa tâche. Il s’est conduit mieux qu’un ambassadeur des États-Unis : un ambassadeur de la liberté. Il a expliqué pourquoi la liberté de chacun des êtres humains sur la terre dépendait de la liberté des sociétés dans lesquelles ils vivent. Il a rappelé l’idéalisme démocratique qui est la pierre angulaire fondatrice des États-Unis et de la civilisation occidentale.
Il a exposé les tenants et les aboutissants de l’action de George W. Bush. Il a dit qu’aucune société ne peut survivre sans idéal, sans éthique, sans respect de l’être humain. Et moi qui voudrais que la France survive, je voudrais dire humblement que la France ne survivra que si, comme l’Amérique sous George Bush, elle retrouve l’idéal, l’éthique, le respect de l’être humain… Je continuerai à diffuser le message de George Bush et de Craig Stapleton. J’aimerais être entendu, mais il y va des élites, je sais… La cuistrerie des élites, celle qui est toujours là et que j’ai vu de manière si flagrante lors de ma première rencontre avec Craig Stapleton !…
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