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Crise du Proche-Orient : l’Iran et la Russie se mesurent aux USA


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Artur du Plessis Laurent - mercredi 26 juillet 2006


C’est avec le feu vert américain qu’Israël a attaqué Gaza et le Liban. Motif de ces assauts : les provocations répétées du Hamas et du Hezbollah, encouragés par Téhéran, qui souhaitait ainsi détourner l’attention de la crise nucléaire et gagner du temps.

Israël a entrepris de vider l’abcès, avec le soutien de la Maison Blanche. La Chambre des représentants américaine a massivement exprimé son soutien à l’État hébreu, en adoptant une résolution pointant du doigt les responsabilités de la Syrie et de l’Iran. Celui-ci est la cible principale de toute cette affaire. Les Américains l’ayant débarrassé de Saddam Hussein, l’Iran s’affirme en tant que puissance régionale. Il mène de front les provocations locales - à Gaza (via le Hamas), au Sud-Liban (par le Hezbollah), en Irak (en encourageant la résistance chiite) - et le défi nucléaire.

Il n’est pas à exclure que le conflit entre Israël et le Hezbollah fournisse à Washington un casus belli pour lancer une attaque aérienne sur les sites nucléaires iraniens. Quand la température monte, une étincelle suffit à provoquer l’explosion. Exemple : au fil des ans, l’Iran a fourni entre 10 000 et 15 000 missiles au Hezbollah, dont certains portent à 150 km. Si ces derniers venaient à être tirés sur Tel Aviv (où plusieurs alertes aériennes ont retenti ces derniers jours), la Maison Blanche aurait beau jeu de sommer le Conseil de sécurité de l’ONU de mettre l’Iran devant ses responsabilités. La Chine et la Russie empêcheraient le Conseil de sécurité de l’ONU de voter, non seulement une opération militaire, mais aussi un blocus économique total, de nature à faire plier l’Iran. Les États-Unis pourraient profiter de ce contexte favorable pour lancer une attaque aérienne sur l’Iran, qui pourvoit le Hezbollah en argent, missiles, instructeurs et kamikazes, et fourbit la bombe atomique.

Derrière l’Iran, il y a la Chine, et la Russie. À cette dernière, Poutine veut redonner une dimension impériale, après l’éclipse de la période Eltsine. Pour ce faire, il a restauré l’État dans certaines de ses prérogatives de la période soviétique, mettant au pas les régions, les oligarques et les médias. Il a installé au gouvernement, dans l’administration, et à la direction des cartels, les hommes des services de renseignement, dont il est lui-même issu. Il a augmenté la part de l’État dans l’économie, passée de 30 à 35 % en 2005. Il essaie de rétablir l’influence de Moscou sur les ex-Républiques soviétiques. Poutine a ramené dans le giron de l’État la manne pétrolière générée par la flambée des prix du baril, la mettant au service de sa politique de puissance. Et il utilise la dépendance de l’Europe au gaz russe pour faire pression sur elle. La Russie, en fermant le gazoduc alimentant l’Ukraine, lors du bras de fer de l’hiver dernier, voulait, du même coup, rappeler sa vulnérabilité énergétique à l’Europe, ravitaillée par ce même gazoduc.

Le rapprochement américano-russe consécutif au 11 septembre a rapidement fait place à un net antagonisme. Se voyant « encerclée », jusque dans les ex-Républiques soviétiques, par les États-Unis (qui ont refusé son intégration à l’OMC, lors du dernier sommet du G8 à Saint-Pétersbourg), la Russie prend leur contre-pied. Tout ce qui les affaiblit lui semble bon à prendre. Aussi, Poutine soutient-il l’Iran et la Syrie. Certes, il ne souhaite pas pousser trop loin l’affrontement avec « le camarade loup » américain. Mais Téhéran n’en a cure, acculant son protecteur russe au rôle d’apprenti sorcier. Face aux provocations iraniennes, les États-Unis veulent la guerre, au Proche et Moyen-Orient, afin de préserver leur rôle de gendarme du monde. Les évènements échappent aux Russes. Les Américains ont pris l’initiative des opérations, via Israël : son aviation porte des coups sévères au Hezbollah, tandis que son armée de terre s’empare de positions stratégiques au Sud-Liban. L’objectif est d’y aménager une zone tampon, sous contrôle d’Israël, ou de l’OTAN. Il est vrai que cette contre-offensive militaire de Tel-Aviv, cautionnée par Washington, avive la haine anti-israélienne et antiaméricaine dans le monde musulman. La guerre Islam-Occident s’installe, prélude à la Troisième Guerre mondiale.

En déclenchant cette crise, les Iraniens voulaient desserrer l’étau américain sur leur industrie nucléaire. Ils auront le résultat inverse : le dispositif militaire occidental se sera resserré autour de l’Iran, que les Etats-Unis cherchent à isoler de la Syrie. Et la crise nucléaire reviendra au premier plan de l’actualité, avec, tôt ou tard, une attaque aérienne exécutée par les États-Unis.


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