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Crise mondiale et courage politique


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Courrier - mercredi 07 septembre 2011

2012
Stéphane Buffetaut
Vice-président du CNIP
Ancien député européen
Conseiller au Comité économique
et social européen


Tout l’été a bruissé des annonces les plus in­quiétantes sur l’état de santé des économies des pays développés : dégradation de la note irlandaise, dégradation de la note américaine, crise grecque persistante, menaces sur l’euro, craintes pour l’Espagne, l’Italie et même la France, déclaration de Mme La­garde sur la solidité des ban­ques européennes, affolement des « marchés » – ces entités mystérieuses, anonymes et froides, qui ébranlent les peuples et les États, font le malheur de beaucoup et la fortune de certains.
Chacun le sent, les mois à venir seront ceux de tous les dangers.

Le monde risque de payer cash les dérives d’une idéologie libérale devenue folle, qui nous a imposé une mondialisation sans règles et a transformé un capitalisme industriel productif en capitalisme financier à la re­cherche avide du profit le plus immédiat, au risque de compromettre la pérennité même du système économique.

Le goût effréné du lucre et la démente recherche d’une ri­chesse virtuelle, détachée de la création de biens et de services à valeur ajoutée réelle, menacent ainsi la stabilité des États et le bonheur des peuples.

Il y a donc avis de gros temps sur le monde, à l’heure où la France entre dans une période électorale majeure.
Le vieil adage « Que cherche un élu ? Se faire réélire » sera toujours vrai, certes. Mais, cette fois, les assauts de démagogie ne seront pas de saison. Chaque citoyen devra être conscient de la responsabilité qu’il prendra en déposant son bulletin dans l’urne.

Ni les passions, ni les agacements, ni les antipathies épidermiques ne devront l’emporter. Nous n’aurons qu’une seule question à nous poser : qui de tous les candidats, à l’heure du péril, aura la fermeté, le caractère, la sérénité, l’intelligence et la volonté nécessaires pour tenir d’une main sans faiblesse les rênes du pouvoir ?

L’actuel Président de la Répu­blique, quels que soient les reproches que l’on a pu lui faire, à tort ou à raison, a démontré sa capacité à décider, convaincre et agir en temps de crise.

Interrogeons-nous sur la capacité des autres candidats à gouverner la France si, par malheur, nous devions traverser une crise mondiale majeure.
Il est des hommes gréés pour temps calme et d’autre pour les avis de tempête.

Mais, si le pouvoir isole, le pouvoir suprême isole plus encore. Or, on ne gouverne pas seul. Le peuple français, nous le savons, est lassé de ses élites politiques, économiques, administratives, syndicales et journalistiques. Il pressent un monde coupé du réel, égaré dans des manœuvres et des enjeux fort éloignés de la recherche du bien commun. Il doute de tout et de tous. Les grandes machineries politiques ne passionnent plus personne, en dehors de quelques professionnels du spectacle politicien et de quelques arrivistes inconscients de l’exaspération qui monte.
Après l’élection présidentielle viendront les législatives. Les citoyens de ce pays attendent un renouvellement. Pas tant de génération ou de couleur politique, si les uns sont les clones des autres. Ils veulent de nouvelles façons d’exercer les responsabilités politiques, qui sont parmi les plus nobles qui soient. Il est vain, pour l’homme politique, de chercher à tout prix à être aimé, car la faveur des peuples est versatile. Mais il doit avoir à cœur d’inspirer le respect. Or, pour être respecté, il faut respecter l’autre. Et le premier des respects est de dire la vérité.
Si nos grands partis attrape-tout se refusent à le comprendre, la France va s’aventurer dans une de ces périodes de troubles dont elle a le tragique secret.

Nous ne pouvons plus nous satisfaire du cynique constat : « Le système gouverne mal mais se défend bien » ! Et le ridicule appel de certains socialistes à une sixième république n’est qu’une triste farce. On pourra numéroter autant de républiques que l’on voudra, les choses ne changeront que si les cœurs et les volontés changent.

Le dégoût du peuple de France à l’égard du jeu politicien est, en fait, un appel à la conversion des mœurs politiques. Nous voici au seuil d’un difficile combat. Or, c’est toujours l’âme qui gagne les combats. Souvenons-nous en à l’heure des choix…

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