Thieulloy (de) Guillaume - mercredi 31 mai 2006
L'un des principes essentiels de la rédaction des « 4 Vérités » tient dans la libre expression de toutes les opinions de droite. Par conséquent, nul ne saurait s’offusquer que Pierre Lance ait dans les deux derniers numéros fortement critiqué l’Opus Dei. En revanche, ces deux articles, tout comme le roman « Da Vinci Code », qui en fournit l’occasion, appellent un certain nombre de remarques.
La première concerne le « Jésus de l’histoire », comme on disait naguère. Sur ce point, Pierre Lance prend sagement ses distances avec le romancier, en contestant qu’il soit possible de prouver un quelconque mariage du Christ. Il faut ajouter que cette thèse n’a rien de novateur. À ma connaissance, le seul (pseudo) enracinement documentaire de cette thèse se trouve dans le texte gnostique connu sous le titre d’Évangile de Philippe, où il est question d’un baiser entre le Christ et Marie-Madeleine. Mais, outre que ce texte est largement postérieur aux évangiles reçus dans la tradition chrétienne (et donc moins fiable historiquement), l’hypothèse d’une union conjugale entre Jésus et Marie-Madeleine est absurde de la part d’un auteur attaché aux thèses gnostiques et donc viscéralement hostile au corps et au mariage.
La thèse d’un secret conservé pendant 2 000 ans par l’Église catholique est plus invraisemblable encore : imagine-t-on les Apôtres aller gaiement à la mort pour défendre un canular ?
Passons sur le scénario du Prieuré de Sion, supposé fondé par les Templiers et dirigé en son temps par Léonard de Vinci. La réalité est bien connue : ce prétendu prieuré est une association régie par la loi de 1901 et ses « archives » ont été déposées à la Bibliothèque nationale après la dernière guerre !… Bref, l’ouvrage de Dan Brown n’est certainement pas un modèle de rigueur historique, et Pierre Lance me paraît sage de se tenir éloigné de ces loufoqueries.
En revanche, je ne crois pas, comme lui, que ce soit indifférent pour un catholique. Bien sûr, le message du Christ aurait pu être enseigné par un homme marié. Mais le fondement de la foi catholique, ce sont les évangiles. Si les évangiles sont écrits par des imposteurs, quelle est leur crédibilité ? Il n’est donc pas possible de s’en tenir à la neutralité : si on admet la possibilité des thèses de Dan Brown, on ne peut accorder le moindre crédit aux dogmes chrétiens. Au reste, ce n’est pas un mystère que Pierre Lance est dans ce cas…
Enfin, il est faux de dire que l’opposition au livre de Dan Brown soit le fait d’« intégristes » catholiques. Tout d’abord, parce qu’une large partie des catholiques adhérant au Renouveau charismatique, qui ne sont certes pas des intégristes, se sont opposés publiquement au « Da Vinci Code ».
Mais surtout parce que cela repose sur une perception fausse du positionnement de l’Opus Dei. Contrairement à ce que dit Pierre Lance, cette organisation n’est nullement « intégriste ». Elle est au contraire tout à fait à son aise dans le catholicisme post-conciliaire : beaucoup de thèmes de Vatican II (de l’apostolat des laïcs à la liberté religieuse) étaient défendus par Mgr Escriva de Balaguer bien avant le concile lui-même. Plutôt que de chercher d’obscurs liens financiers entre Opus Dei et Vatican, il est bien plus simple de constater des convergences idéologiques entre l’Opus Dei et les papes contemporains. Si l’on tient absolument à analyer l’Église catholique en termes politiques, il faut placer l’Opus Dei au centre droit. Considérer que l’Opus Dei est le bras armé de l’intégrisme catholique est donc simplement aussi absurde que de supposer que François Bayrou serait le fourrier du fascisme en France !
J’ajoute que la comparaison entre l’Opus Dei et l’islamisme ne me paraît guère pertinente. Je suis, en effet, de ceux qui pensent que l’Europe a le choix entre sa (re)christianisation ou son islamisation, mais absolument pas pour les raisons évoquées par Pierre Lance. Tout simplement, parce que je ne vois pas qu’une civilisation puisse survivre dans notre monde en mutation (pardon pour le poncif, mais c’est tout de même la réalité !) sans racines fortes. Or, les racines de l’Europe sont à chercher à Athènes et à Jérusalem. Même sans partager la foi chrétienne, je pense que l’on peut en convenir.
Bref, le « Da Vinci Code » et ses supporters, qu’ils le veuillent ou non, attaquent la foi chrétienne. Et sur la base d’arguments éculés, dont la légèreté a mille fois été démontrée. Rien d’étonnant que les catholiques les plus convaincus se soient opposé à ce qui aurait pu n’être qu’un bon roman de gare, sans sa prétention à révéler des « choses cachées depuis le commencement du monde »…
11 commentaires - Ecrire un commentaire
|