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Dan Brown : le ridicule peut tuer


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Bonnal Nicolas - mardi 02 juin 2009

cinema, religion
Il y a trois ans, je voyais à Lima le Da Vinci Code de Ron Howard avec un ami péruvien conseiller du président Garcia. Mon ami, cartésien peu convaincu, me déclara effrayé à la fin du film : « Mais quelle daube ! Mais quelle daube ! »

Le film fit pourtant 800 millions de dollars de recettes, mais on sait que ces chiffres ne signifient rien : le public est incapable de raconter l’histoire d’une de ces âneries, tout comme il est incapable de raconter l’Alchimiste de Coelho. La bêtise au front de taureau nous glisse dessus comme une limace.

Je me sentais moi-même beaucoup plus concerné par les nostradaneries de Brown : au-delà de son anticatholicisme, il y avait cette obsession ésotérique du secret royal, du grand monarque, des prophéties à l’eau de rose, les histoires de Rennes-le-Château, le guénonisme (ah ! cet orient qui allait ramener l’occident matérialiste dans la bonne voie traditionnelle…), et toute cette mauvaise eau de Cologne qui nous embaumait depuis un siècle et demi au moins. J’ai d’ailleurs reçu des menaces de mort pour avoir écrit à ce sujet. Le point original est que j’étais menacé dans cette vie et aussi dans l’autre… Il y a des héros de l’esprit que rien n’arrête !

Et, d’un coup, grâce à Dan Brown, je ne me trouvais pas libéré de l’occultisme, c’était fait depuis un temps certain, mais je trouvais la planète libérée tout entière. Soyons clairs : grâce à Brown, on sait que le Graal, c’est le vagin de Marie-Madeleine, que Cocteau, Hugo et les chapelains écossais sont membres du prieuré de Sion et que nos actifs templiers avaient découvert les extra-terrestres à partir de La Rochelle tout en extrayant du temple de Salomon les secrets du nucléaire. Grâce à cela, certains se sentaient bien avancés dans les années 70, sur fond de gauchisme sectaire ou de langues de feu languedociennes. Mais, grâce à Dan Brown, tout le monde en 2006 s’est trouvé ramené à la case départ : l’occultisme, c’est de la m…

Comme l’a montré Philippe Muray dans son essentiel XIXe siècle à travers les siècles, l’occultisme rime avec le socialisme (je ne conseillerai pas la lecture de mon Mitterrand le grand initié, mais quand même…), et il n’a qu’une obsession : l’anticatholicisme. Les templiers, les cathares, les bogomiles, les rose-croix, les illuminés, tout y passe chez Dan Brown et les autres cromwelliens de l’intellect comme Leigh et Baigent pour ne montrer qu’un seul fait essentiel pour comprendre la culture puritaine : l’anticatholicisme. Les cathédrales étaient tout sauf des églises, comme les chapelles romanes : c’étaient des mosquées, des vaisseaux spatiaux, des demeures alchimiques, des temples extra-terrestres venus de l’Ouest et j’en passe…

Le grand mérite du mouvement brownien est d’avoir mis à poil le Baphomet, finalement. Ce n’est que cela… Des sornettes de serpent avec une bonne vieille obsession orgiaque permettant d’en découdre avec la présumée sexophobie de l’Église. Cette même et pauvre Église se voyait aussi reprocher son trop grand attachement charnel et matériel par les puritains cathares qui ne voulaient voir dans le monde terrestre que la demeure démiurgique et maligne. Comme le remarquait Chesterton, quand « on » commence à reprocher à l’Eglise tout et le contraire de tout, c’est qu’« on » a un problème – et pas qu’un seul…

Le dernier opus de Dan Brown, Anges et Démons, est cinématographiquement moins nul que le précédent. Mais le déluge d’affirmations néognostiques est tout aussi bon à dégoûter les hippopotames, comme disait Léon Bloy. Les gardes suisses (qui ne parlent qu’anglais, tout comme l’illuminé Galilée, histoire de ne pas effrayer le lecteur brownien moyen…) sont des néo-nazis patentés ; les cardinaux des monstres assoiffés de pouvoir. Tom Hanks, qui ne parle pas l’italien et ne lit pas le latin (sic, comme disent les ignares), interprète les églises chrétiennes à la vitesse de l’automobiliste qui décode ses panneaux de circulation, et on en oublie de parler des Illuminati de Weishaupt – de même qu’on ne citait pas Rennes-le-château et sa redoutable glose dans le précédent navet.

Cette fois, le public globalisé n’a pas suivi. Il y a perdu son vagin, pardon son latin de drugstore, et tout l’opéra fabuleux du capharnaüm occultiste s’est délité sous ses yeux. On dit que le ridicule ne tue pas. Je crois que si, et plus qu’on croit !

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