Martoïa Bernard - dimanche 10 juillet 2005
Un débat qui n’est pas enterré en Amérique, est celui qui oppose les tenants de l’évolutionnisme à ceux de la création. Pour schématiser, les premiers se basent sur la science, les seconds sur la foi, mais cette césure n’est plus aussi nette que par le passé avec l’émergence de la théorie de la construction intelligente. Appelée Intelligent Design, cette théorie a vu le jour à l’institut Discovery de Seattle. Il est à noter que ce think tank parraine des projets dans des domaines aussi divers que la science, la défense nationale et la religion… Après la publication en 1859 du livre « Sur Les Origines des Espèces », tous les biologistes ont adhéré à la théorie de l’évolution. Darwin affirmait qu’aussi complexes soient les cellules, elles résultaient d’une évolution combinant une mutation aléatoire à une sélection naturelle. Une mutation aléatoire est presque toujours fatale à un organisme développé mais il arrive parfois qu’elle améliore une fonction que ce dernier adopte. Répété sur des millions d’années, ce processus d’amélioration infinitésimale a conduit à l’émergence d’espèces remarquablement adaptées à un environnement parfois impitoyable. Un exemple sidérant d’adaptation est le pup fish de la Vallée de la Mort. Ce poisson, gros comme un pouce, qui vivait autrefois dans le lac Manly qui recouvrait cette vallée, s’est adapté à la désertification. Ses reins filtrent la phénoménale salinité des rares mares de cet enfer. Lorsque ces dernières s’assèchent en été, il s’enterre dans la vase salée où il devient une proie facile des charognards. Les avocats de la construction intelligente invoquent deux arguments pour décrédibiliser l’évolution. Les biologistes ont découvert une complexité des cellules qui ne pourrait s’expliquer par une mutation aléatoire. Michael Behe, un professeur de l’université Lehigh, l’a développé dans son essai « La Boite Noire de Darwin », paru en 1996. L’argument essentiel de Behe repose sur la complexité des cellules qui ne serait pas seulement de degré mais aussi de structure. Si un seul élément de cette structure fait défaut, l’organisme ne peut plus fonctionner correctement. Behe spécule que le créateur aurait assemblé ces cellules en résolvant le problème de leur irréductible complexité. Les autres biologistes croient que le chemin vers une complexité irréductible reste possible. Un élément nouveau qui apparaît avantageux pour un organisme, peut devenir essentiel sur le long terme. Cette idée fut avancée dès 1939 par Herman Muller qui obtint le prix Nobel pour ses travaux sur la mutation des gènes.
Hasard et intelligence
L’autre théoricien du créationnisme est le professeur William Dembski. Selon Dembski, un objet complexe est le résultat d’une intelligence mais pas le fruit du hasard. Il s’est servi du théorème No Free Lunch qu’ont élaboré les physiciens David Wolpert et William Macready pour décrédibiliser l’évolution. Ce théorème affirme qu’aucun algorithme de recherche n’est meilleur qu’un autre pour trouver une solution à un problème donné. Comme le darwinisme peut être assimilé à un algorithme de recherche, il ne serait donc pas crédible pour trouver une structure complexe. Demski se fourvoie lorsqu’il affirme que les organismes tendent à une sorte de perfection. L’évolution n’a d’autre objectif que de s’adapter même si cela passe par une monstruosité des yeux des poissons des grandes profondeurs. La seule préoccupation des espèces est leur reproduction ! En dix années de vaines polémiques, les théoriciens de la construction intelligente n’ont pas réussi à apporter la moindre preuve, alors que la théorie de Darwin a donné naissance à d’innombrables expérimentations en laboratoire. Parmi les cinq grands scientifiques du XXe siècle qui ont consacré leur vie à l’évolution, Sir Ronald Fisher était un prédicateur anglican, Sewall Wright était un dévot américain de l’église unitarienne, John Haldane était un marxiste anglais, Ernst Mayr, un allemand naturalisé américain, était athée et Theodosius Dobzhansky, un russe orthodoxe, était l’auteur d’un livre sur la religion et la science. N’en déplaise aux tenants du créationnisme, ce panel de scientifiques de renom montre que l’évolution et la religion peuvent faire bon ménage. Les think tanks à la solde des chrétiens fondamentalistes engloutissent des fortunes non point dans la recherche mais pour abrutir les bigots. Ils ont parfaitement réussi dans leur entreprise.
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