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De Gaulle, les icônes sacrées et le triomphe de l’imposture


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Lambert Christian - mercredi 30 juin 2010


Chaque nation a ses icônes nationales, ses idoles. La France en compte pas mal : Jeanne d’Arc, le bon roi Henri, Louis XIV, Napoléon, Clemenceau, le maréchal Pétain vainqueur de Verdun, et le général de Gaulle dernier en date.

Mais attention, sur les deux militaires que je viens de citer, il convient d’être très prudent tant ils suscitent encore des passions. Il faudra attendre sans doute une centaine d’années pour que l’on juge avec sérénité et objectivité la dramatique période qu’a connue la France de 1940 à 1950, car la vérité exige de dire qu’à la guerre honteusement perdue en juin 1940 a succédé une guerre civile que les historiens ont commencé à décrire – ont commencé seulement.

De toutes ces catastrophes nationales, il ressort qu’il aurait été infiniment préférable qu’il n’y ait eu ni Pétain ni de Gaulle, c’est-à-dire que l’armée française gagnât la guerre. Il n’y aurait pas eu alors d’occupation allemande !

Malheureusement, notre armée, au sein de laquelle je connais de nombreux officiers de grande valeur, n’arrête pas depuis 70 ans de perdre les batailles : celle de 40, celle d’Indochine (Dien Bien Phu), celle d’Algérie (cette dernière pour des raisons, il est vrai, plus politiques que militaires). De plus, on a souvent lancé ces dernières décennies notre armée dans des opérations douteuses en Afrique noire, au Rwanda par exemple, en lui donnant aussi mission de protéger des régimes aussi incapables que corrompus pour des raisons que l’on connaît bien et qu’il vaut mieux ne pas exposer…

De façon générale, nul n’ignore que notre armée est en perte de puissance avec des crédits insuffisants pour maintenir le matériel en état de marche, doté d’un seul porte-avions toujours en panne, et des dettes, là aussi, que l’on a bien du mal à rembourser. Mais revenons au général de Gaulle qu’à l’occasion de ce 18 juin, on vient à nouveau de célébrer.

Le général de Gaulle était irréprochable dans sa vie privée et d’une grande honnêteté financière – il a renoncé à sa retraite de général, ne vivant modestement que de ses droits d’auteur –, ce qui est une exception dans le monde politique contemporain en France où les scandales succèdent aux scandales, les derniers dont on parle portant sur les rétro-commissions de la vente de sous-marins au Pakistan, les générosités ciblées de Mme Bettencourt, en passant par les cigares officiels d’un secrétaire d’État.

Ceci dit et souligné, c’est au plan de la logique que l’on peut s’interroger sur la politique du général de Gaulle. Comment se fait-il que cet homme d’État qui avait pour motivation essentielle, obsessionnelle, l’indépendance de la France, la démocratie, le respect des droits de l’homme ait pu avoir pour bras droit dès son accession au pouvoir en 1944, le chef du Parti communiste dit français, responsable avec les socialistes d’une politique anti-militariste, cause de la défaite de 1940, Thorez, condamné à mort pour désertion devant l’ennemi, agent stipendié de l’Union soviétique qu’il considérait comme sa vraie patrie où la dictature implacable de Staline fit quelque 60 millions de morts par assassinats, déportations de millions d’êtres humains dans des camps de concentration, et autres massacres purs et simples ; cette Union soviétique, où régnait la Gestapo nationale, appelée NKVD, puis KGB, et dont pourtant le général de Gaulle sollicita les dirigeants pour quitter Londres afin de fixer à Moscou le siège de la France libre, démarche connue de tous les historiens.

C’est aussi en 1942, le 23 février, que le général de Gaulle adressa un télégramme à Staline où on peut lire : « Dirigée par vous, l’armée rouge constitue un des principaux instruments de libération des peuples asservis… » Ce même Staline qui adressait en juin 1940 un télégramme à Hitler pour le féliciter de sa victoire sur la France !

Il reste très étonnant que, minimisant le caractère criminel de la dictature et de l’impérialisme soviétiques, que pourtant il connaissait bien, le général de Gaulle ait toujours mis les États-Unis et l’URSS sur le même pied, comme si la dictature soviétique avait été de même nature que la démocratie américaine. Ce qui remet en mémoire la vieille stratégie française, qui consiste à s’appuyer sur la Russie pour contrer la puissance allemande. Or, la Russie, puis l’Union soviétique, ont toujours combattu et trahi les intérêts de l’Occident, en particulier de la France. Le 3 mars 1918, ce fut le traité de Brest-Litovsk et le 23 août 1939 le traité germano-soviétique, deux fois au profit de l’Allemagne. Qui s’en souvient ?

Ceci n’empêche nullement les politiciens français, qu’ils soient de droite ou de gauche, mais surtout de droite, de se réclamer du général de Gaulle à tout bout de champ. C’est là une pitoyable instrumentalisation du gaullisme à des fins électoralistes, une imposture. De Gaulle, c’est le produit, si j’ose dire, de circonstances exceptionnelles alliées à une volonté hors du commun. Que l’on soit tout simplement décent et que l’on comprenne que le gaullisme a disparu avec De Gaulle. Alors, de grâce, que l’on n’abaisse pas le général par des spectacles rituels qui rendent peu glorieux et parfois ridicules ceux qui – de petite ou de grande taille – s’efforcent de l’imiter en cherchant à grimper sur le fauteuil qu’il a occupé !

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