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De l’affaire Kerviel à la Grèce : le règne de l’argent fictif


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Rouxel Jean - jeudi 06 mai 2010

euro
Cette semaine doit sortir un livre de Jérôme Kerviel, le fameux trader qui a fait perdre 5 milliards d’euros à la Société générale. Je ne l’ai pas encore eu entre les mains, mais j’ai entendu l’intéressé sur les ondes.

De toute évidence, il s’agira d’un plaidoyer pro domo. Mais il est clair que ce plaidoyer n’est pas vraiment infondé.
Kerviel affirme que jamais il n’aurait pu faire ce qu’il a fait sans le soutien passif et implicite de ses supérieurs et des instances de contrôle de la banque.
Il donne un exemple impressionnant pour justifier ses dires. Selon lui, au cours des trois ans qu’il a passés comme trader à la Société générale, ses objectifs de gain ont augmenté de 1 700 % (oui, mille sept cent !). Pourtant, ils ne commençaient pas spécialement bas : son premier objectif annuel était de 3 millions d’euros !

Il arrive un moment où les chiffres deviennent purement virtuels, de simples jeux d’écritures…
Mieux encore, au cours de sa dernière année d’exercice, Kerviel a, de son propre aveu, effectué 358 milliards (!) d’opérations fictives. Et il demande : comment tant d’opérations auraient-elles pu passer inaperçues ?

Nous l’avions dit abondamment lorsque l’affaire a éclaté, le problème n’est pas Kerviel. Le problème, c’est cet argent virtuel… qui pourtant n’est pas un simple jeu, puisqu’il pèse de tout le poids de ses zéros sur l’économie réelle. Ne serait-ce que par­ce qu’il conduit les investisseurs à délaisser des valeurs industrielles solides, mais ne rapportant « que » 5 ou 10 % par an !

Par un curieux hasard du calendrier, ce retour de Jérôme Kerviel sur la scène médiatique est exactement concomitant d’une nouvelle étape de la crise des finances publiques grecques.

Bien qu’il s’agisse d’un côté de capitaux privés et de l’autre de finances publiques, le mécanisme est le même. Il s’agit d’argent virtuel.
Dans l’affaire grecque, les États européens s’engagent – moyennant des coupes drastiques dans l’État-providence grec (qui, pourtant, n’est certainement pas plus ventripotent que le nôtre) – à prêter des sommes colossales (qui se chiffrent en dizaines de milliards d’euros) dont ils n’ont pas le premier sou.

Tout est absurde : le FMI, financé par des États en faillite, s’associe avec ces mêmes États pour augmenter la dette publique d’un État qui meurt précisément de sa dette publique. C’est bien une opération aussi fictive que les celles de Kerviel…

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