Menou Pierre - lundi 14 mars 2011
christianisme, europe, sarkozy
Lu dans la presse
La France est-elle frappé d’un « Alzheimer national » ? C’est la question que pose François d’Orcival dans son éditorial de Valeurs actuelles du 10 mars, en citant des propos d’Hubert Falco, maire de Toulon et ancien secrétaire d’Etat à la Défense et aux Anciens Combattants : « Pour chacun de nous, affirme ce dernier, le déclin de la mémoire personnelle est assimilé à une perte irréparable et à une détérioration des relations entre individus, en même temps qu’il constitue l’engloutissement d’une partie de la mémoire familiale… Il en va de même de la mémoire collective ».
Comme souvent, sinon toujours, l’article de François d’Orcival vise à vanter les mérites de Nicolas Sarkozy. Il revient, à cette fin, sur les déclarations du président de la République au Puy-en-Velay : « La chrétienté nous a laissé un magnifique héritage de civilisation et de culture ». Une phrase, écrit l’éditorialiste, « qui fixe à nouveau les idées, près de dix ans après les débats passionnés qui entourèrent la rédaction du préambule de la Constitution européenne où les chefs d’État de l’Union se refusèrent à inscrire les “racines chrétiennes” de l’Europe. »
François d’Orcival fustige les commentaires défavorables qui ont pu s’élever dans les médias après cette intervention du chef de l’Etat, en particulier concernant ses arrière-pensées électoralistes : « comme s’il n’avait rien dit de tel durant sa campagne présidentielle de 2007, y compris entre les deux tours, comme s’il ne l’avait pas répété de multiples fois déjà, depuis son discours à Saint-Jean-de-Latran jusqu’à sa visite au pape Benoît XVI, en octobre dernier », s’indigne-t-il. Et de citer d’autres propos de Nicolas Sarkozy, appelant à résister au « relativisme » moral ou national, à « cette dictature de l’interchangeable où tout se vaut, où rien ne se mérite plus, où tout a la même valeur ».
A croire que le président, mal assuré de sa réélection en 2012, envisage de se présenter au prochain conclave. Sarko Ier, pape…
Aux chrétiens les musées, aux musulmans, les mosquées
Encore faudrait-il mettre ses actes en adéquation avec ses paroles. Le président est certes bien inspiré de parler des racines chrétiennes de la France, mais un mois auparavant il a nommé au Quai d’Orsay, responsable, entre autres, des relations avec le Vatican, un ministre auquel le pape actuel pose « un vrai problème »…
Nicolas Sarkozy est-il par ailleurs le mieux placé pour parler de la dictature de l’interchangeable et du relativisme, qu’il soit moral ou national ? Il est plus que permis d’en douter. Est-il le mieux placé aussi pour demander : « Si l’on ne croit pas à son identité, comment peut-on recevoir l’identité des autres ? » Il suffit de se rappeler du débat tronqué sur cette question de l’identité pour répondre non. Il s’agissait déjà d’un coup de « com’ » destiné à doter d’une légitimité pseudo-historique la société multiculturelle dont nos prétendues élites n’ont de cesse de favoriser l’émergence depuis quarante ans.
Au Puy, ce n’est pas sans arrières-pensées que Nicolas Sarkozy a exalté les racines chrétiennes de la France, au moment où il annonçait par ailleurs la tenue d’un débat sur la laïcité et sur l’islam.
Entre christianisme et islam, explique Alain Hasso dans Monde et Vie du 12 mars, « la laïcité est censée tenir la balance égale, dans une véritable neutralité. Selon le mot de Laurent Wauquiez, député maire du Puy : “Il faut sortir l’islam des garages, tout en assumant nos racines chrétiennes. ” Bref : aux chrétiens les musées, aux musulmans, les mosquées. On sait que le jeune Benoist Apparu, secrétaire d’Etat au Logement qui ne parle certainement pas de lui-même, propose déjà, contre la lettre de la fameuse loi de 1905, une loi pour financer la construction des mosquées. La laïcité au pouvoir compte bien, selon les promesses récentes de notre président, “interdire les prières dans la rue”, obliger à la mixité dans les piscines, prohiber les repas hallal dans les cantines scolaires. Mais elle veut aussi – c’est la monnaie d’échange – offrir, sur nos impôts, des mosquées aux musulmans. (…) La France en l’an 1000 s’était réveillée couverte d’un blanc manteau d’églises. Elle va se réveiller couverte d’une forêt de minarets, par la volonté expresse de la République. »
Reste que, comme le remarque Stéphane Denis dans Valeurs actuelles en évoquant la « guerre civile longue et cruelle » qui a précédé l’instauration en France de la laïcité, « Avoir réussi à mettre par terre l’Église catholique en la privant de ses biens pour agiter ensuite la question du financement du culte musulman est une conception curieuse de l’histoire de France, élection présidentielle en vue ou non. » Qui a parlé d’identité ?
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