Rouxel Jean - dimanche 20 mars 2005
La France est le seul pays au monde où les syndicats – qui vivent essentiellement de l’argent public – sont à la fois si peu représentatifs des salariés et, en même temps capables de bloquer, le temps d’une « journée d’action » au moins, le fonctionnement général du pays. C’est un fait.
Le référendum sur la Constitution européenne du 29 mai est à haut risque politique pour le gouvernement. Dans les sondages, le « oui » est en baisse sensible. Pour Jacques Chirac, il ne faut surtout pas qu’une crise sociale, même mélodramatique, vienne gonfler les espérances de suffrages du camp du « non ». C’est un autre fait.
De leur point de vue, le Président de la République et son Premier ministre ont donc eu raison de mettre les pouces immédiatement après la journée du 10 mars.
En outre, pour une fois, la coalition syndicale avait su trouver un mot d’ordre fédérateur. Il ne s’agissait plus de la seule défense égoïste des statuts et des effectifs, mais de celle du pouvoir d’achat, mot d’ordre auquel personne n’est insensible.
La situation politique oblige donc le gouvernement à lâcher du lest. Les salaires de la fonction publique vont bénéficier d’une augmentation générale tandis que, dans le secteur privé, une certaine pression va s’exercer à la hausse. Le pouvoir gagne du temps. Quelques mois, quelques semaines… Son horizon se limite pour l’instant au 29 mai.
Mais, au plan économique, la réaction de Jean-Pierre Raffarin est catastrophique. La seule augmentation des salaires raisonnable est celle qui résulte de l’amélioration de la compétitivité (aussi bien au niveau des entreprises qu’à celui de la collectivité), laquelle passe, dans la fonction publique, par des réformes importantes, avec des réductions massives d’effectifs.
Les électeurs de droite de Jacques Chirac, au premier tour puis au deuxième tour des élections présidentielles de 2002, étaient certainement, eux aussi, favorables à une augmentation générale des salaires. Elle allait de pair dans leur esprit avec la suppression de la loi des 35 heures ; avec la mise au pas des preneurs d’otages, grâce à une loi, d’ailleurs promise, sur le service public garanti ; avec une diminution générale des dépenses publiques, seul préalable crédible à une réduction des impôts.
Une telle politique aurait rapidement produit ses fruits. Et l’économie française afficherait un meilleur taux de croissance, d’autant que l’économie mondiale ne s’est jamais si bien portée (+ 4 % en 2004)…
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