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Débat sur le salaire minimum


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Martoïa Bernard - dimanche 03 juillet 2005


Des deux côtés de l’Atlantique, il existe bien un salaire minimum versé aux salariés mais la comparaison s’arrête là. En France, la revalorisation mécanique du salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC) a des allures d’une économie planifiée… En 2002, le SMIC a progressé de 3% mais il a fortement augmenté de 5% en 2003 et en 2004 alors que la croissance était atone. La revalorisation du salaire minimum est indépendante de la conjoncture économique en France.
À l’inverse des deux dernières campagnes présidentielles américaines, celle de 1996 fut centrée sur l’économie. Elle donna lieu à un débat animé sur le salaire minimum qui pourrait éclairer nos gouvernants si ceux-ci ne perdaient pas leur temps à copier le modèle danois de « flexsécurité » qui n’est pas exportable. Le président Clinton avait demandé que le salaire minimum horaire fût porté de 4,25 $ à 5,15 $. Des économistes donnèrent leur opinion dans les colonnes du Wall Street Journal, un journal proche des milieux d’affaires.
– Milton Friedman, le lauréat du prix Nobel d’économie, ouvrit le débat sans ambages :
Augmenter par une loi le prix de toute matière première ou service, réduira la quantité que les acheteurs de cette matière première ou de ce service voudront payer ; que l’article en question soit de l’essence, du blé, du lait ou du travail ! La seule question est de savoir de combien. Un salaire minimum plus élevé induit que moins de gens sont susceptibles d’être employés. Moins de salariés produisent moins. Un salaire minimum conduit donc à une contraction de la production nationale. Quelques personnes en bénéficieront, ceux qui auront eu la chance de préserver leur emploi avec un salaire minimum plus élevé, mais d’autres vont y perdre, ceux qui auront perdu leur emploi à cause de l’augmentation du salaire minimum et ceux qui ne pourront plus être embauchés pour la même raison.
– Finis Welch, de l’université de Tewas, donna sa version non dénuée de dérision:
Accroître le salaire minimum va rendre certains emplois plus attractifs mais il va aussi les rendre plus difficiles à obtenir !
– William Poole, de l’université de Brown, s’en prit aux politiciens qui soutenaient le président:
Les partisans du salaire minimum croient que le coût de l’emploi vaut la peine du petit gain perçu par ceux qui restent employés. La proposition d’augmenter le salaire minimum va conduire à la suppression de 400 000 emplois. J’ai une question à poser à ceux qui vont perdre leur emploi. Êtes-vous satisfait de sacrifier votre place à ceux qui auront la chance de la conserver et qui bénéficieront d’un meilleur avenir que le vôtre? Si ce n’est pas le cas, blâmez le président et le Congrès, mais pas votre employeur!
– Brad Schiller, de l’Université américaine, expliqua que le salaire minimum n’était qu’une première étape.
Clinton voudrait faire croire que les gens qui ont un salaire minimum, sont condamnés à rester éternellement dans ces emplois mal rémunérés. Une étude du marché de l’emploi révèle qu’après une année, six jeunes sur dix recrutés au salaire minimum ont obtenu un deuxième emploi mieux rémunéré et, qu’après trois années d’activité, un employé sur dix seulement reste au niveau du salaire minimum.   Une enquête fut menée dans le New Jersey où le salaire minimum avait été sensiblement relevé. Elle révéla que la mesure avait incité des jeunes à interrompre précocement leurs études.
À Bishop, une bourgade au pied de la Sierra Nevada, vit Laura. Âgée de 25 ans, elle travaille quatre soirées par semaine à Whiskey Creek, un restaurant qui emploie jusqu’à quatre vingt-dix personnes en fin de semaine. Combien de restaurants parisiens peuvent se targuer d’avoir autant de personnel que ce modeste établissement californien ? Laura empoche un pourboire d’une centaine de dollars par soirée. Elle a deux autres boulots à mi-temps : l’un dans une agence immobilière et l’autre dans un ranch où elle guide des touristes dans des excursions à cheval. Avec ses économies, elle s’est acheté un véhicule tout-terrain neuf. Avec son mari, elle fait construire une maison. La contemporaine française de Laura effectue un stage bidon et vit chez ses parents, comme d’ailleurs son fiancé chômeur. À défaut d’avenir, ils rêvent de participer à la Star Academy…
Jeunes Français, blâmez le président et ses acolytes syndicalistes mais pas les patrons pour votre infortune !

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