Milliere Guy - mercredi 06 septembre 2006
La corde avec laquelle on nous pendra Guy Millière
Le plus inquiétant, ce ne sont pas des groupes tels qu’al-Qaida, le Hezbollah ou le Hamas. Des moyens de surveillance et de prévention efficaces existent, qui permettraient de réduire quasiment à néant les risques d’attentats tels ceux déjoués récemment à Londres ou en Allemagne, et ce sans provoquer l’émergence de files d’attente interminables. L’identification par l’iris de l’œil ou les empreintes digitales, le profilage systématique, des analyses fines aux rayons X sont disponibles. Les armes auxquelles recourent le Hezbollah et le Hamas sont rudimentaires et primitives, et les moyens militaires de mettre définitivement fin aux activités du Hezbollah ou du Hamas existent aussi.
Le plus inquiétant, ce n’est même pas le régime iranien et la possibilité pour celui-ci de se doter de l’arme atomique, et ce n’est pas la poursuite des attentats qui privent le peuple irakien de la liberté d’entreprendre. Il serait possible de sanctionner ou de frapper efficacement le régime iranien ou, au minimum, de lui faire comprendre à haute et intelligible voix ce qu’il pourrait lui en coûter de continuer sur cette voie. Agir contre le régime iranien et contre la Syrie pour faire régner le calme à Bagdad serait très aisément envisageable.
Non, l’inquiétude qui devrait nous étreindre aurait à porter, plutôt, sur le délabrement moral qui règne dans le monde occidental en général, et en Europe en particulier. Nous n’osons pas utiliser les techniques qui rendraient les vols en avion, les voyages en train et les déplacements en transports en commun sûrs. Pourquoi ? Parce que des associations dites « anti-racistes » diraient immédiatement que le profilage est porteur de « discrimination ». Parce que des associations de « défense des droits de l’homme » diraient que regarder l’iris de l’œil des passagers, voire tout ce qu’ils portent sur eux, ou ont dans leurs bagages, serait atteindre à la « liberté individuelle ».
Nous pourrions désarmer intégralement le Hezbollah, le Hamas, voire faire table rase du Hezbollah, du Hamas, et au-delà du terrorisme palestinien : nous avons les moyens et la puissance. Nous n’utilisons pas les moyens et la puissance dont nous disposons par peur, par lâcheté. Et le gouvernement israélien lui-même ne fait pas ce qu’il pourrait faire, parce qu’il craint que la peur et la lâcheté occidentales se retournent contre lui. Imaginez une opération de tout le monde civilisé pour refaire du Liban un État de droit et pour dénazifier la Cisjordanie et Gaza : imaginez maintenant les protestations, les cris d’horreur des bien pensants.
Nous pourrions, d’une même façon, en finir aisément avec les régimes iranien et syrien, assurer le calme en Irak, mais imaginez les protestations, les cris d’horreur encore.
Faudra-t-il en arriver à la catastrophe pour qu’un sursaut de dignité se dessine, pour que la lucidité et la salubrité reviennent, et pour qu’on se décide enfin à traiter les barbares totalitaires de la seule façon dont on puisse les traiter si on ne veut succomber ?
Faudra-t-il que survienne le pire pour qu’on discerne que protéger la liberté sur terre implique, face à des fanatiques, une détermination sans failles ? Faudra-t-il encore de nombreux suppliciés avant que les « antiracistes », les « droits-de-lhommistes » en papier mâché, les tenants du « politiquement correct » soient démasqués et apparaissent pour ce qu’ils sont en réalité : des alliés des pires ennemis de la civilisation ? Les milliers de morts de septembre 2001 ont disparu de nos mémoires, les victimes des attentats de Madrid, de Bali, de Londres, de tant d’endroits en Israël aussi.
Les islamistes voient aujourd’hui les Occidentaux comme de méprisables décadents. J’aimerais ne pas avoir à me dire qu’ils n’ont, sur ce plan, pas tout à fait tort. Mais je ne puis m’empêcher de songer à ce que pensent Ben Laden, Nasrallah ou Ahmadinejad aujourd’hui. Peut-on leur reprocher de nous cracher dessus, si notre seule réponse est de nous excuser pour avoir reçu le crachat ou pour l’avoir esquivé d’une manière qui aurait pu déplaire au cracheur ? « Ils nous vendront la corde pour les pendre », disait cyniquement Lénine. Nous sommes toujours prêts à vendre la corde avec laquelle on nous pendra. Il reste quelques hommes lucides, dignes et droits. Pour combien de temps ?
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