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Décidément, Dieu reste américain


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Bonnal Nicolas - mercredi 05 novembre 2008

etats-unis, chine
L’Amérique peut-elle sortir de la crise ? À l’heure où Obama va être élu président des États-Unis, il est bon de se poser la question. Car la chute de l’euro et de la maison Europe, qui s’offre en outre le luxe d’être divisée géostratégiquement (la Tchéquie ou la Pologne haïssant toujours plus la Russie, dont l’Allemagne comme la France veulent demeurer proches), laisse à l’oncle Sam le soin théorique de veiller au futur des peuples de l’ouest, comme disait Tolkien.

D’une manière paradoxale, les dommages collatéraux de la tempête boursière que nous venons de vivre ont été bien plus forts… pour les autres. L’euro a baissé, comme je l’ai dit, parce que personne ne voit l’Europe sortir de la crise, et parce que l’Europe n’a ni unité politique ni unité linguistique (il faut le faire tout de même…). Elle n’a pas su non plus faire valoir son unité en face de la crise économique et financière mondiale. Au passage, on pourra saluer les performances estivales et automnales de Nicolas Sarkozy qui a montré qu’il était dans cette situation le plus responsable des chefs d’État européens.

Mais la crise financière américaine a bien abîmé les États ennemis de l’Amérique qui se voyaient rois du pétrole ou bien du monde, il y a encore quelques mois. Le pétrole montait à 150 dollars le baril et les « experts » le voyaient même à 200 ou 220 dollars le baril (les « experts » ont ceci de bon qu’ils ne se trompent jamais. Il suffit simplement de prendre le contre-pied de leurs conclusions).
Et puis tout s’est effondré, et le dollar a remonté, et les chefs d’État iranien, vénézuélien ou même russe ont été renvoyés à leurs chères études budgétaires.

De même, on a compris que la Chine n’était pas le futur « supergrand à venir dans les mois qui viennent », comme on dit à la radio. La Chine s’est tue, sa bourse s’est effondrée, comme celle de l’Inde, comme celle du Japon, dont la monnaie a tellement monté, suite à d’autres opérations spéculatives, qu’elle compromet toute croissance pour l’an qui vient.

On l’aura compris, la finance anglo-saxonne mène encore le bal. Le Dow Jones, que d’autres experts nous annonçaient à 5000, est remonté à 9500 : les vendeurs à découvert ont dû déboucler leur position pour se sauver. Le Dow est l’indice mondial qui a baissé le moins depuis deux mois. Pendant ce temps, le Bovespa brésilien ou le Merval argentin perdaient par exemple 70 % de leur cotation boursière. Et les matières premières et autres produits agricoles, dont les experts nous garantissaient la pénurie il y a encore six mois, ont vu leur prix s’effondrer. Ici encore c’est la spéculation qui a mené le bal, avec des commentaires benêts (dont les miens) qui allaient bon train pour nous expliquer le pourquoi de tout cela. En attendant, l’Amérique n’a toujours pas basculé dans la récession, et la Fed veille au grain. Toute cette crise va être plus dure à porter pour nous, les « périphériques » (aussi bien asiatiques, européens, que latinos), que pour eux.

Dieu doit être américain, pourtant. Il y a peu, je lisais dans le journal dailyreckoning.com une interview de Paul O’Neill, le premier secrétaire d’État au trésor de Bush. Il avait démissionné, ayant refusé la guerre en Irak et les baisses d’impôts à répétition de George Bush. Il refusait de confondre un déficit avec le creusement de la dette, qu’il estimait terrible pour l’avenir américain.
Sous Bush43, comme il dit (pour désigner le 43e président), la dette est passée de 5 à 8,6 trillons de dollars. Il prévoyait une catastrophe, voire une faillite weimarienne !

Oui, il s’est passé quelque chose, et en définitive pas grand-chose. Le « ventre encore fécond, d’où a surgi la dette immonde » américaine, est celui qui a permis le développement de la Chine et de l’Asie, du Brésil et de l’Amérique du sud. Tout le monde a intérêt au maintien de la consommation de l’hyperpuissance et au creusement de sa dette que tout le monde comblera, ou que tout le monde ignorera.
Après tout, si « nos péchés » se disent « debita nostra » dans le Pater que nous récitons, il nous est aussi commandé de « pardonner » (dimittere). Et comment ne pourrait-on pardonner à une nation qui écrit sur ses billets verts : « In God we trust » ? Le dollar est la monnaie des dieux. Voilà pourquoi l’Amérique peut sortir la première de la crise, et nous aider, une fois de plus, à en sortir.
Comme disait John Buchan, l’auteur des 39 marches, la civilisation est une conspiration. Eh bien ! conspirons…

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