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Démocratie européenne : l'exemple britannique


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Rouxel Jean - lundi 10 mai 2004


Le Premier ministre britannique Tony Blair a déclenché une tempête en annonçant le mois dernier que le projet de Constitution européenne, qui sera sans doute adopté fin juin, serait soumis aux électeurs britanniques qui auront à se prononcer sur ce texte par référendum.
En Grande-Bretagne, les fins observateurs de la vie politique considèrent qu’il s’agit d’une simple manœuvre de politique intérieure. Le Premier ministre est dans la deuxième partie de son second mandat. Il provoquera sans doute, selon la pratique habituelle Outre-Manche, des élections anticipées au deuxième semestre 2005. Et on s’attend à ce qu’il brigue un troisième mandat de Premier ministre. Or son parti, le Labour, comporte une majorité d’eurosceptiques. En annonçant un référendum sur l’Europe, qui leur permet d’espérer une victoire du « non », il les oblige à mettre une sourdine à leurs critiques, au moins jusqu’aux élections. Il donne aussi satisfaction aux médias britanniques qui, majoritairement, sont très anti-européens.
En attendant, Tony Blair, par cette seule annonce, renforce son pouvoir de négociation dans la dernière ligne des ultimes marchandages avant l’adoption du projet de Constitution européenne élaboré par Valéry Giscard d'Estaing. C’est une façon pour lui de dire à ses partenaires : « Si vous ne prenez pas en compte les demandes britanniques, mes électeurs voteront contre l’adoption de votre Constitution »… Un chantage qui n’a pas échappé aux eurocrates de Bruxelles. Le Président de la Commission européenne, Romano Prodi, pourtant du même camp politique que Tony Blair, n’a pas hésité à menacer la Grande-Bretagne de « graves » conséquences si elle rejetait le projet de Constitution.
La décision d’un homme d’État est rarement exempte de sous-entendus. Mais, quand elle se traduit par un recours au peuple souverain, dans un domaine qui est sans conteste possible de la compétence de celui-ci, on ne peut qu’applaudir. Et souligner l’écart béant entre le cran et le courage de cet homme, par rapport au comportement du plus grand nombre de ses pairs.
Interrogé sur le même sujet, quelques jours après la décision de Tony Blair, Jacques Chirac s’est bien gardé de prendre la même position, préférant rappeler que la Constitution européenne pourrait aussi bien être adoptée par un vote des assemblées parlementaires réunies en Congrès. Sur l’Europe ou sur toute autre question, le peuple français ne sera consulté qu’à la condition d’être bien d’accord avec ceux qui le gouvernent.

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