Lance Pierre - mardi 07 mars 2006
Nous sommes habitués aux coupables qui se dérobent, tel ce "chef de clan barbare" autoproclamé enfui en Côte-d’Ivoire, et qui espérait utiliser toutes les lenteurs de l’extradition pour échapper à la sanction de ses crimes. Mais voici que nous avons maintenant une "coupable" désireuse d’être jugée et qui voit les magistrats prendre la fuite devant son courage et lui délivrer une ordonnance de non-lieu qui n’est rien d’autre qu’une entorse manifeste aux règles élémentaires du droit français.
Car enfin, qu’est-ce qu’un non-lieu, sinon la décision d’un juge d’instruction, évidemment soutenu par un procureur de la République, de renoncer à poursuivre un suspect, soit parce que son innocence est avérée, soit pour insuffisance de preuves. Mais, dans le cas de Marie Humbert et du Dr Frédéric Chaussoy, les faits sont parfaitement établis, reconnus et même revendiqués par les deux prévenus. Non, cette fois, c’est la justice qui a eu peur, ou plus exactement le pouvoir politique qui se dissimule derrière elle et qui ne veut à aucun prix rouvrir le débat sur l’euthanasie volontaire, qu’il espère avoir enterré une fois pour toutes.
Je rappelle les détails de la tragédie : en septembre 2000, le jeune Vincent Humbert est victime d’un accident de la circulation dont il sort totalement brisé, aveugle, muet et paralytique. C’est un mort qui respire et qui pense. Le seul membre qu’il peut encore bouger un peu, c’est l’un de ses pouces. Toute sa volonté s’accroche à ce pouce, dernier lien avec le monde vivant, ultime moyen de communiquer avec sa mère qui veille auprès de lui, guettant avec anxiété la plus légère amélioration de son état. Mais tout espoir est vain. Et Vincent, appuyant de son pouce sur les lettres de l’alphabet, supplie qu’on délivre son âme d’un corps qui n’est plus qu’une prison de chair souffrante. Il parvient même à rédiger du pouce sur un clavier d’ordinateur un petit livre qui a pour titre "Le droit de mourir". Écartelée par son amour maternel entre le désir de garder son fils et l’horreur de le voir privé de toute vie réelle, Marie Humbert mettra longtemps à céder à la demande réitérée de Vincent. Mais enfin elle s’y résout et, avec l’aide du Dr Chaussoy, accorde à son fils le droit de s’envoler vers la vie éternelle, admirable preuve d’amour qui eut été digne d’inspirer la Pièta de Michel-Ange.
Mais la loi française archaïque et barbare ne reconnaît pas le droit de l’être humain sur sa vie, sa souffrance et sa mort, que les pays plus civilisés que le nôtre, Hollande, Suisse, Belgique… ont désormais intégré dans leur législation. Ce même droit que la Cour suprême des Etats-Unis, le 17 janvier dernier, vient de reconnaître au bénéfice de l’État d’Oregon, qui avait adopté en 1994 le "Death with Dignity Act", confirmé en 1997 par 60 % de oui à l’issue d’un référendum. Mais les "politichiens" français, démocrates en papier mâché, ne veulent à aucun prix donner la parole au peuple souverain, sachant par les sondages que 86 % des Français sont favorables au droit de mourir dans la dignité, c’est-à-dire au droit à l’euthanasie volontaire.
C’est énorme 86 %, et pourtant je ne parviens pas à imaginer à quoi peuvent ressembler les 14 % d’un avis contraire. Il y aurait donc dans notre pays 14 personnes sur 100 capables de regarder froidement un grabataire incurable souffrant mille supplices en implorant qu’on le délivre et qui pourraient impitoyablement lui refuser l’accès au ciel ? Mais enfin, au nom de quoi ? Sous quelle influence diabolique est-il possible d’atteindre un tel degré d’insensibilité, d’abjection et de dépravation ? Les bras m’en tombent ! Et pourtant, nos 600 députés ont voté dernièrement à la quasi-unanimité la loi scélérate dite "de fin de vie" dont le nom véritable est "loi de prolongation de la torture". Les trois députés écologistes qui se sont abstenus n’ont même pas eu le courage de voter contre, ce qui aurait au moins sauvé l’honneur de l’Assemblée nationale. D’ailleurs, que peut-on espérer de pseudos "représentants du peuple" qui n’ont même pas été capables d’imposer au gouvernement la rupture des négociations pour l’entrée de la Turquie en Europe, alors que 70 % des Français lui sont opposés ? Notre pauvre pays devra-t-il boire jusqu’à la lie toutes les lâchetés de sa "nomenklatura" ? J’entends la révolte qui s’enfle et qui gronde.
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