Lambert Christian - mercredi 16 avril 2008
serbes
Les 4 Vérités » du 28 mars et du 4 avril ont publié trois articles sur les Balkans, en particulier sur le Kosovo, sous la signature du Dr Lassieur, de Pierre Lance et de Pierre Barrucand. Ils ont le grand mérite d’éclairer le dossier par des rappels historiques aussi utiles que peu connus.
Pour ma part, je ne connaissais à peu près rien de cette région lorsque, en 1992, je fus nommé ambassadeur, représentant la France et l’Union européenne, en qualité de chef de la Délégation française au sein de la mission européenne d’observation dans l’ex-Yougoslavie. C’est dire que j’ai pris mes fonctions sans aucune idée préconçue, en d’autres termes parfaitement neutre et objectif.
Très vite, au cours de mes missions quasi quotidiennes, j’ai constaté que les Serbes étaient les agresseurs, et de façon spectaculaire. Par exemple, en Croatie, dans les localités où étaient passées les armées et milices serbes, l’église catholique était détruite, l’église orthodoxe intacte. Je passe sur les tueries multiples et diverses pour rapporter ce que j’ai vu un beau dimanche dans l’ouest de la Croatie. C’était en février 1993. J’étais en mission de routine à Karlovacs, à une centaine de kilomètres à l’ouest de Zagreb. Dans le quartier administratif de la ville, un rassemblement a attiré mon attention.
J’ai demandé à mon chauffeur de se rapprocher et j’ai découvert des malheureux qui venaient d’être libérés d’un camp de concentration serbe. Ils étaient dans un état lamentable. Autant dire des rescapés d’Auschwitz. J’ai alors prié la Croix-Rouge présente de me fournir une interprète et j’ai interrogé quelques uns de ces survivants. Ils m’ont décrit les tortures que leur avaient fait subir leurs geôliers serbes, généralement ivres, dont l’une des spécialités était de faire ingurgiter de force aux Croates, Bosniaques et autres non-Serbes de l’huile de vidange de voiture.
Les malheureux mouraient alors lentement dans d’atroces souffrances. Pour ce qui est des viols, j’ai prié la représentante sur place du Comité International de la Croix-Rouge, une Suissesse, de prendre note des témoignages. À mon retour j’ai, bien sûr, rendu compte à la conférence bihebdomadaire des seize ambassadeurs représentant l’Union européenne. Paris fut informé, ainsi que Bruxelles, ainsi que l’ONU.
Je pourrais continuer longtemps sur le même registre : les atrocités commises par les Serbes. Je me limiterai à ce qui suit : le massacre de Srebenica, en juillet 1995, au cours duquel plus de 8 000 hommes et surtout des femmes et des enfants furent abattus par les Serbes du général Radko Mladic, recherché d’ailleurs pour crimes de guerre comme quelques autres, et toujours en fuite.
Détail piquant, si j’ose dire, en cette tragique affaire, c’est le comportement d’un général français commandant la FORPRONU, fort médiatisé à l’époque, où, juché sur un blindé devant les caméras qui étaient là, il assura la foule des musulmans apeurés, en leur disant dans son porte-voix : « Ne craignez rien, je vous protégerai, parole d’officier français. Avec vous, l’honneur de la France est engagé. » Finalement, ces malheureux paysans furent fusillés à bout portant par les Serbes, en même temps hélas ! que l’honneur de la France…
Quant aux partisans combattants albanais, ils sont de même nature que les Serbes. Ils sont hélas ! eux aussi, des tueurs en séries et les champions de tous les trafics. Pour la petite histoire, je rappelle qu’ils sont en partie les descendants des Illyriens qui peuplaient la province illyrienne de l’empire français de 1809 à 1814.
La vérité est que le monde balkanique est l’abcès récurrent de l’Europe. Il est à l’origine de la Première guerre mondiale et de ses gigantesques tueries et, malheur supplémentaire pour ces populations des Balkans, elles ont été marquées au fer rouge du communisme stalinien, auquel les Serbes ont été très réceptifs – comme d’ailleurs, à Paris, le pouvoir mitterrandien favorable à la dictature communiste de Milosevic, pour des raisons que je connais assez bien. L’abcès n’est nullement résorbé. Si les forces multinationales présentes dans l’ex-Yougoslavie étaient retirées, les combats reprendraient aussitôt. 1 710 militaires français sont stationnés au Kosovo, 120 en Bosnie. Pour combien de temps encore ?
Ceci constaté, ne faisons pas du Kosovo un problème majeur. Les conséquences internationales de son indépendance seront très secondaires, sauf pour Moscou, très présent à Belgrade, qui trouve là une belle fenêtre ouverte sur le centre de l’Europe.
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