Bonus WEB - lundi 21 juin 2010
football
Je ne vois pas à quel titre les Français pourraient se plaindre de l’équipe que la Fédération française de football a envoyé en Afrique du sud pour les y représenter. Sans être de ceux qui gémissent sans fin sur les vices et les tares prétendument congénitales de notre pays – qui conserve à bien des égards de véritables atouts – il faut bien admettre, me semble-t-il, que cette équipe-là représente à merveille une certaine France : la plus visible, celle qu’un puissant penseur politique appelait naguère le « pays légal ».
La France dont cette équipe projette l’image sur tous les écrans de télévision du monde est, d’abord, une France déracinée, symbolique des mutations que l’on veut imposer au peuple français au nom de l’ouverture, du métissage, du brassage des populations et des cultures.
L’équipe illustre à merveille les réussites de cette politique : après l’éviction des joueurs « beurs », incapables paraît-il de s’intégrer à un groupe où dominent les joueurs « blacks », de nouvelles tensions sont apparues, assez virulentes pour aboutir à la mise sur la touche, au sens le plus propre du terme, d’un joueur « blanc » mis en cause par ses camarades. En règle générale, on s’accorde à déplorer l’absence totale de cohésion de l’équipe.
Ces joueurs ont également donné devant la planète une image d’enfants gâtés, qui correspond également à une certaine réalité française. S’il est vrai que l’individualisme est un péché gaulois, il faut admettre que sous ce rapport au moins, les joueurs d’origine africaine ont parfaitement su s’intégrer au substrat français.
En l’occurrence, il faut même parler de parfaite assimilation. Le « tout pour ma gueule » prévaut d’ahurissante manière parmi ces aimables néo-milliardaires, dont une bonne partie sont issus de nos cités de banlieues. Le cynisme aussi : on l’a bien vu lorsque ayant quitté leur hôtel cinq étoiles pour aller distribuer des ballons et des autographes aux gamins d’un bidonville sud-africain, ils ont abrégé la visite et regagné dare-dare leur palace pour éviter de rencontrer Rama Yade, qui est, s’il m’en souvient, secrétaire d’Etat chargée des sports dans le gouvernement du pays qu’ils sont supposés représenter.
Des p’tits gars bien d’chez nous
Ce qui correspond encore à une certaine réalité française : blacks, blancs ou beurs, les bleus sont bleus, et pas tricolores ; je veux dire par là qu’ils se contrefichent absolument de toute forme de patriotisme, voire de simple fierté nationale. La France leur sert la soupe, ils daignent la manger, ça doit lui suffire. Sans merci à attendre. « La Marseillaise », convenons-en, fait un piètre hymne national ; sans doute nos champions repus chanteraient-ils d’un meilleur cœur « La Bouillabaisse ».
Nos héros avaient une bonne raison de bouder Rama Yade : la mijaurée n’avait-elle pas osé verser du vinaigre dans la soupe en critiquant le prix de leur résidence de luxe ? Telle est prise qui croyait prendre : on a appris qu’elle-même avait réservé à son propre usage une suite encore plus onéreuse.
L’épisode aura permis aux étrangers de découvrir deux de ces exceptions françaises que le monde entier devrait nous envier : la première, c’est le vrai talent que montrent nos « people » pour mettre à profit les moindres occasions de se goberger aux frais de la princesse, qu’il s’agisse de la Fédération française de football – qui, après tout, fait ce qu’elle veut de son argent – ou du contribuable. Et la deuxième, l’habitude bien de chez nous de regarder ce qu’il y a dans l’assiette du voisin avant même de considérer ce que contient la sienne : en français, on appelle ça « l’égalité ».
Pour finir en beauté, l’équipe des bleus a encore fait découvrir à la planète une autre de nos spécialités : la gréviculture. Un joueur ayant été licencié pour avoir insulté son supérieur hiérarchique – ah, l’indépendance à la française !… – ses camarades, pour marquer leur « solidarité » (qu’on n’avait guère vue jusqu’alors), ont refusé de s’entraîner à deux jours du match où il leur reste une chance infime de se qualifier. Et le tout, à l’occasion d’un entraînement public, qui leur a permis de décevoir définitivement les quelques dizaines de supporters obstinés qu’il leur restait et qui avaient fait le déplacement pour les encourager. Génial ! Même les pros de Sud-Rail n’auraient pas fait mieux !
Pour achever d’illustrer devant la planète éblouie de quoi est capable la nouvelle France, je leur suggère de refuser de jouer le dernier match en signe de protestation contre la réforme des retraites. Reste à espérer qu’ils n’attendront pas 62 ans pour prendre la leur, collectivement et définitivement.
Louis Samagne
24 commentaires - Ecrire un commentaire
|