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Des caricatures de Mahomet au choc des civilisations


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Thieulloy (de) Guillaume - dimanche 12 février 2006


Les médias européens « pataugent » dans le traitement de l’affaire des caricatures de Mahomet par un journal danois. Ils hésitent, en effet, entre affirmation de la liberté de la presse et dénonciation de l’islamophobie.

La presse démontre ici les insuffisances de sa grille de lecture. Tout se passe, en effet, comme si la revendication de liberté d’expression n’avait jamais été autre chose qu’une arme de dénigrement de la civilisation occidentale et notamment de ses sources gréco-romaines et judéo-chrétiennes.

Au contraire, devant les civilisations non-occidentales, l’impertinence revendiquée devenait admiration sans réserve, éloges sans fin. Jamais, dans les gros titres de la presse française du moins, on ne trouve exprimé la plus petite réserve sur l’islam, ses présupposés ou la civilisation qu’il a engendrée.

Or, nous avons eu l’occasion d’en parler dans ces colonnes, l’exégèse historico-critique permettrait d’éliminer un certain nombre de points apparemment fondamentaux dans l’élaboration du corpus coranique. Et, du point de vue de la civilisation, le B. A.-BA de la connaissance historique devrait relativiser les poncifs comme le caractère pacifique et non-violent de la religion islamique, sur la brillante civilisation arabe ou encore sur la compatibilité de l’islam avec la démocratie.

Bref, ce qui est problématique en cette affaire, n’est pas tant l’irrespect dont font preuve la plupart des journalistes pour l’Occident ou les religions qui y furent acclimatées ; ce n’est même pas tant la flagornerie dont ils couvrent l’islam et d’autres cultures non-occidentales ; c’est bien plutôt la différence de traitement.
À force d’exiger à tout propos la repentance des Occidentaux, et d’applaudir à tout rompre aux cultures « minoritaires » ou « alternatives », ils ont rendu impossible l’amour, même critique, de nos racines et donc ont rendu impossible toute perspective d’avenir commun.

Ces difficultés momentanées d’une presse, arrogante à la mesure de son ignorance, dépassent donc de loin l’anecdote des caricatures danoises et concernent, bien plus généralement, la notion même que nous avons de notre civilisation et de ses rapports avec les autres. Et, ainsi, à mesure que les hauts-cris jetés contre Samuel Huntington deviennent davantage le fonds commun de la « pensée » médiatique, on met davantage en place les éléments préparateurs du « choc des civilisations »…

Car ces caricatures ont également un aspect géopolitique important. Elles contribuent à tracer des lignes de front intangibles. Les réactions dans le monde islamique, où l’on brûle nos drapeaux, montrent à l’évidence que, pour la mythique « rue arabe », il n’y a pas de distinction entre Américains et Européens. Tous sont des ennemis, à convertir ou à soumettre. Paradoxalement, si l’on voulait obtenir un traitement différencié des pays occidentaux, il faudrait d’abord que ceux-ci acceptent une préalable solidarité.

C’est, entre autres, parce que la France a publiquement clamé son désaccord avec les autres puissances occidentales sur plusieurs questions touchant le monde arabo-musulman, notamment sur la guerre en Irak, que son non-alignement sur les revendications de Damas et de Téhéran en matière de liberté d’expression en Europe est perçu comme une trahison.

Il est vrai que ces questions sont subtiles et se prêtent mal au manichéisme des manifestations de masse, mais il est clair aussi que l’avertissement de Churchill naguère résonne toujours : « Ils ont accepté le déshonneur pour avoir la paix. Ils auront et le déshonneur et la guerre. » Or, le moins que l’on puisse dire, c’est que l’Europe n’a pas eu un comportement très honorable vis-à-vis du monde arabo-musulman ces dernières années, en le traitant contradictoirement et simultanément en refuge de la sagesse mondiale, en ennemi implacable et en nain politique incapable de comprendre nos grands principes…
La politique, c’est d’abord l’art du choix. Et, sur l’islam, sur les pays de la sphère arabo-musulmane, il va falloir que l’Europe choisisse.


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