Trémeau Bernard - dimanche 20 mars 2005
Deux événements ont marqué la semaine passée. L’un français, bruyant, l’autre américain, discret.
La France syndicale, dans une débauche de beaux drapeaux, en général rouges, a manifesté pour gagner plus tout en voulant continuer à travailler moins. Vivent les augmentations de salaires et vivent les 35 heures payées comme 39. Les syndicats avaient appelé tous les salariés à manifester. Le secteur public a répondu présent et une fois de plus la SNCF, la RATP ou les aéroports n’ont plus été au service du public. Le jour même, le gouvernement a doublé l’augmentation de salaire prévue dans la fonction publique. Elle est passée de 1 % à 2 %. L’État devra donc réduire ses autres dépenses (routes ou recherche publique par exemple), augmenter nos impôts ou augmenter notre déficit budgétaire.
Un élément intéressant doit être noté dans toutes ces manifestations : les salariés du privé, convoqués comme les salariés du public, ont brillé par leur grande discrétion. Ce qui montre qu’à l’heure de l’Europe et de la mondialisation, les salariés du privé ont compris ce qu’était l’économie de Marché et que leur entreprise pouvait aller s’installer sous des cieux meilleurs que le ciel de France. Les syndicalistes du public ont alors demandé au gouvernement de faire pression sur les patrons et le Medef, pour que les salariés du privé profitent aussi de la grève du métro ou de la SNCF. Ce que le gouvernement a immédiatement accepté de faire.
Finalement, les syndicalistes ont eu raison de manifester. Ils ont une fois de plus réussi à obtenir une augmentation de revenus aux dépens du reste du pays. Nos syndicalistes semblent ignorer que toute augmentation de salaires non accompagnée d’une augmentation de la productivité n’est que du vent. Leur augmentation de pouvoir d’achat ne peut que s’accompagner d’une diminution du pouvoir d’achat de tous les autres, par l’inflation. Nos syndicalistes utilisent le monopole des services publics pour se faire offrir par le public une augmentation de revenus. Bravo. Et Merci…
Pratiquement le même jour, Alan Greenspan, le responsable de la banque centrale américaine (la FED) donne un cours de fiscalité aux sénateurs américains. S’ils veulent que les USA deviennent encore plus riches, ils peuvent le faire. Cette plus rapide augmentation du PIB dépend d’eux. Ils doivent remplacer l’impôt sur les revenus par la TVA. L’explication donnée est lumineuse.
La TVA ne touche que les revenus qui se dirigent sur la consommation, et laisse non imposés les revenus qui sont économisés, c’est-à-dire qui sont confiés à des banques ou à des caisses d’épargne. Or les revenus économisés sont finalement investis. En remplaçant les impôts sur les revenus par la TVA, on permet ainsi aux investissements d’être plus importants. On augmente la productivité et la richesse de tous.
De plus, la progressivité de l’impôt sur le revenu fait que les gros revenus sont les plus imposés. Or ce sont justement les gros revenus qui capitalisent le plus. La progressivité des impôts réduit encore plus les capacités d’investissement du pays, donc ses augmentations de productivité.
Les sénateurs américains ont sagement écouté le patron de la FED. Alors que la sensibilité politique de Greenspan se situe probablement du côté des démocrates, les républicains ont vivement applaudi et certains démocrates ont marqué leur étonnement, mais n’ont pas hurlé.
Un monde sépare la démocratie française de la démocratie américaine.
En France, la rue impose sa loi et elle continue à dicter au politique sa conduite. On ne respecte pas le vote des électeurs. Le rouge dominait fortement dans les défilés. On croit donc encore aux idées de Marx, malgré leur effroyable échec. Enfin, les responsables politiques refusent d’écouter ce que disent les responsables monétaires. Aucune véritable réforme n’est possible. La société est bloquée dans la pauvreté et le chômage.
Aux USA, la rue n’impose pas sa loi. On respecte le vote des électeurs. Les sénateurs font les réformes qu’ils avaient l’intention de faire, en écoutant attentivement ce que disent les responsables monétaires. Et la société évolue vers encore plus de richesse.
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