Lance Pierre - mercredi 21 juin 2006
Ainsi donc, la Commission parlementaire réunie à la suite du fiasco judiciaire d’Outreau a proposé un certain nombre de réformes du fonctionnement de la justice, lesquelles, à supposer même qu’elles soient pertinentes, ont très peu de chances d’être un jour appliquées.
En revanche (quoique ce mot ne convient guère), le juge Burgaud a été complètement blanchi et aucune sanction d’aucune sorte n’a été proposée à son encontre. Il pourra donc poursuivre sa brillante carrière et continuer, l’âme en paix et le verbe haut, à jeter en prison les innocents qu’il lui plaira de suspecter sans preuves, et, par chance ou par accident, peut-être quelques coupables.
Pourquoi se gênerait-il, puisque la Commission qui l’avait mis sur la sellette n’a pas jugé bon de lui reconnaître la moindre responsabilité personnelle dans le déni de justice perpétré sous sa direction. Ces parlementaires sont-ils donc incapables de comprendre qu’ils viennent d’aggraver encore la fracture entre le peuple et la classe politique ? Toutefois, on a aussitôt rétabli la « protection rapprochée » de Burgaud, preuve que quelqu’un a compris que cette iniquité pouvait susciter des colères.
On nous a pourtant répété sur tous les tons, et à juste titre, notamment à propos des voyous de banlieue, qu’il n’y avait rien de pire que le sentiment d’impunité et que cela constituait un encouragement permanent à la délinquance. Et le fait est que l’on n’a encore jamais trouvé mieux que la punition pour faire comprendre à un individu qu’il s’était mal conduit, lorsqu’il est trop stupide ou trop immoral pour s’en rendre compte par lui-même. La plupart des juges sont certainement d’accord sur ce principe. Pourquoi ne serait-il donc pas applicable à eux-mêmes ?
On veut absolument, de nos jours, opposer la prévention à la répression, comme si la répression était autre chose qu’une forme de prévention plus évidente et plus directe, une tentative de dissuasion par l’exemple à destination des imitateurs éventuels.
Prévention et répression
Autrement dit une pédagogie musclée dont le message est parfaitement clair : « Avis aux amateurs : si tu commets cette faute, voilà ce qui t’attend ! » Mais elle s’adresse également, bien sûr, au coupable qui serait tenté de récidiver. Voilà pourquoi il est indispensable que Fabrice Burgaud soit sévèrement sanctionné, autant pour qu’il soit lui-même incité à se montrer à l’avenir plus attentif à la présomption d’innocence, que pour dissuader quelques « petits juges » arrogants qui, si Burgaud restait impuni, pourraient se croire tout permis. Les juges de cette sorte sont – espérons-le – assez rares, mais ils peuvent faire beaucoup de dégâts s’ils sont assurés d’être intouchables.
En outre, il serait intolérable de ne pas tenir compte du grave traumatisme psychique subi par les innocents qui ont fait trois années de prison imméritées et dont la vie a été démantelée. Ils savent parfaitement, eux, comment le juge Burgaud s’est conduit avec eux, et, quelles que soient les imperfections du système judiciaire, rien ne pourra leur faire oublier qu’il est le principal auteur de ce cataclysme social. Tout doit donc être fait pour atténuer la souffrance toujours vive de ces personnes, et la seule chose qui puisse y parvenir, c’est une juste punition du juge Burgaud. J’ajouterai que l’obligation devrait lui être signifiée par le Garde des Sceaux d’avoir à présenter longuement ses regrets et ses excuses à chacun des innocentés au cours d’une cérémonie publique solennelle. Il devrait être contraint en outre de remettre à chacun d’eux un chèque personnel de 3 000 euros minimum, venant s’ajouter aux indemnités qui leur seront versées par l’État, c’est-à-dire par les contribuables.
Je conclurai en disant que Fabrice Burgaud a beaucoup de chance. Parce que si j’avais fait partie moi-même de ces innocents emprisonnés à tort, il ne fait aucun doute qu’à ma sortie de prison, je serais allé lui coller six balles dans la peau. Dans le gras des fesses, rassurez-vous, pour ne pas attenter à sa vie, car je suis d’un naturel magnanime. Et mon « crédit » de trois ans de cellule aurait largement couvert le délit, à objectif essentiellement pédagogique. ......................
Voir aussi : Vidéos des auditions parlementaires sur l'affaire d'Outreau http://www.lcpan.fr/outreau_sommaire.asp
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