Rouxel Jean - dimanche 10 octobre 2004
Didier Julia, 70 ans, agrégé de philosophie et professeur de Lettres - il est aussi l’arrière-petit-fils du fondateur de la librairie Larousse - est un homme politique à la fois atypique et estimable. Nul n’a jamais mis en cause sa sincérité et son honnêteté. Après avoir à l’Assemblée nationale, défendu des causes qui l’ont fait classer comme « étant de droite », sur des sujets de société comme l’avortement ou le droit de la famille, il s’est découvert, semble-t-il, une passion pour les pays arabes, pour la cause palestinienne et la défense du régime de Saddam Hussein. Son escapade pour ramener, via Damas, les otages français détenus depuis sept semaines en Irak, par un groupe mal identifié, s’inscrit dans une longue tradition propre au mouvement gaulliste de réseaux parallèles et de diplomatie souterraine, mettant en œuvre des personnages interlopes, en particulier des marchands d’armes, favoris de certains dictateurs du Tiers-Monde. L’affaire rappelle d’autres épisodes où le SAC, service d’action civique - un temps dirigé par Charles Pasqua - s’est illustré, aussi bien en France qu’à l’étranger. Il ne déplaisait pas au Général De Gaulle de nommer à Bogota ou à Libreville un ambassadeur de France dont les mérites avaient échappé jusque-là aux spécialistes du Quai d’Orsay… Didier Julia, inamovible député de Seine-et-Marne, a été élu la première fois à Fontainebleau en 1967, la même année qu’un certain Jacques Chirac, en Corrèze. Non seulement le Président de la République connaît bien le bonhomme, mais il est en outre certain, désormais, que l’Élysée était au courant de son entreprise et l’a facilitée. Avec le résultat que l’on sait. Une part du fiasco lui revient. Il est évident qu’un pays sérieux n’aurait pas laissé faire Didier Julia. Là où on s’est contenté de le lâcher, in fine, il était possible et même facile de le bloquer, avant même qu’il ne parte… Les choses se comprennent mieux si on les replace dans le contexte de la dérive tiers-mondiste de notre diplomatie, sous l’impulsion personnelle du chef de l’État. Car il résulte de cette orientation qu’en Afrique et au Moyen-Orient, notamment, souvent, des régimes dictatoriaux sont préférés à des régimes démocratiques. Même l’islamisme sectaire trouve grâce, aux yeux de Jacques Chirac, comme de Didier Julia. Et ce n’est pas fini : des indiscrétions de la presse algérienne donnent à penser que la signature l’année prochaine d’un traité d’amitié entre la France et l’Algérie s’accompagnerait d’une repentance officielle pour la période coloniale…
4 commentaires - Ecrire un commentaire
|