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Dix westerns pour l’été


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Bonnal Nicolas - samedi 06 août 2011

cinema
Je propose dix westerns pour l’été, comme au bon vieux temps de la dernière séance. On les aura vus, mais pourquoi ne pas les revoir ? Je suis plus réac en cinéphilie qu’en politique, ils dateront donc tous de l’âge d’or hollywoodien…


La piste des géants

Le film qui n’a pas consacré Wayne comme star. A vingt-trois ans, il est tout bonnement mûr et parfait dans ce joyau du premier cinéma parlant qui respire encore l’espace et la narration du muet. Il escorte une caravane-monde de prêcheurs, de pionniers et de tueurs fatals à travers l’ouest et les grandes neiges. Walsh maîtrise toute cette logistique avec la facilité des conquérants de l’empire des steaks…


La lance brisée

J’ai redécouvert ce film récemment. Ukrainien né au Canada, Dmytryk est vraiment capable du meilleur. Ainsi ce film d’inspiration très biblique qui montre la naissance de l’argent sous la forme du bétail, l’intrusion du conflit entre père et enfant (extraordinaire Widmark), les aléas du métissage aussi : le dernier-né, le préféré, est celui qui va le plus souffrir de cette préférence paternelle. Spencer Tracy, époustouflant de violence paternelle, fait peur même dans la scène où il apparaît mort à cheval…


Winchester 73

Il est de bon ton de mettre, depuis Godard, Anthony Mann au-dessus de Walsh ou de Ford. Or Mann n’est ni Homère, ni Virgile ! Mais ce film connaît une première demi-heure sans égale : l’arme qui rend fou, comme l’anneau du pouvoir chez Tolkien, change de main, chaque fois dans le sang et la violence. Métaphore de la machine, de l’argent, du pouvoir, la Winchester 73 ne cesse d’éblouir.


Colorado territory

Remake de High sierra, avec Bogart, mais cinquante ans plus tôt. C’est le sommet du monde, l’Everest du cinéma. Une incroyable histoire d’amour, tragédie grecque, avec Joël McRea et Virginia Mayo, couple rebelle et maudit, qui ne trouvera la paix que dans le combat à mort avec les forces de l’ordre, transformées pour un instant en forces du chaos. Les décors naturels sont de vrais personnages, et Walsh est l’homme qu’il faut prier trois par jour.


Fort Apache

Encore Fort Apache ? Oui, encore. On peut le voir une fois par semaine. La scène du bal est fondatrice. Wayne est excellent et discret, et il laisse la vedette à l’antihéros torturé Fonda, beau comme un cardinal de Richelieu, et séduisant malgré tout avec ses longues jambes qui dansent si bien. Lui aussi mène comme Custer ses troupes au massacre, mais avec gravité. Les seconds rôles McLaglen et Ward Bond sont sublimes.


La charge fantastique

Ce film épique célèbre intelligemment un Custer romantique et épris de justice. L’incorrigible Flynn est plus suicidaire que jamais, et il mène ses troupes à l’abattoir, comme à l’accoutumée. Flamboyant de virtuosité, Walsh décrit en quelques plans la naissance de l’hymne du septième de cavalerie ; on passe du piano au chant, des tambours aux fifres et aux trompettes, et l’on célèbre l’air légendaire de Garry Owen. C’est du Beethoven.


Route de Santa Fe

Génie à tout faire du cinéma, Michael Curtis arrive à encadrer la fougue suicidaire d’Errol Flynn, cet acteur politique qui argumente toujours pour se faire tuer. Le sujet est ici délicat et même politiquement incorrect puisqu’il s’agit de détruire une bande d’excités antiracistes qui rêvent d’abolir l’esclavage avant Lincoln. Les scènes de violence sont insurpassables et Van Heflin pire que Judas. Ronald Reagan, qui joue Custer, est toujours aussi sympathique.


L’homme de l’ouest

Wyler aurait pu être français, puisqu’il est né à Mulhouse pendant l’occupation prussienne. Emigré en Amérique, il devient le directeur le plus régulièrement nominé aux oscars, excellant dans tous les genres. Ici, il filme le juge Roy Bean, qui va aussi inspirer Huston et Goscinny. Le juge parle de son grand amour à Gary Cooper. Ce dernier, qui risque d’être pendu pour un vol qu’il n’a pas commis, entre dans le jeu ; et il écoute Walter Brennan évoquer l’éternel féminin. C’est magique, et c’est en plus photographié par Gregg Toland.


Le jardin du diable

Un des grands Hathaway, un des grands Cooper vieillissants. Une superbe image, et un décor qui tient le premier rôle, en rendant fous les personnages : le monastère espagnol abandonné dans un réduit méso-américain. On y va pour de l’or et des dollars, pour une femme, et on y va surtout pour mourir. La route pour y parvenir est effrayante, elle me donne encore des cauchemars. Western déjà postmoderne (au sens malin du terme), puisque le héros semble avoir lu le script.


L’homme qui tua Liberty Valance

C’est le dernier western classique, donc le dernier western (ni Ford, ni Walsh ne feront mieux après). C’est aussi peut-être le dernier vrai classique du cinéma, donc le dernier film du cinéma. Ford en a eu conscience puisqu’il nous explique que tout repose sur des malentendus et des manipulations médiatiques. « Nous préférons la légende à la réalité… » A part cela, les acteurs sont tous grandioses, car ils vont tirer leur révérence, et la scène où l’on risque une tuerie pour un steak reste d’anthologie, d’autant qu’elle se termine pacifiquement.


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