Lance Pierre - samedi 31 janvier 2004
Notre Ministre de la Maladie a donc décidé d'abaisser de 65 à 35 % le remboursement des médicaments homéopathiques, sous prétexte d'aider la Sécurité sociale à faire des économies. Ces économies seront en effet colossales, puisque ces médicaments sont quatre à cinq fois moins chers que les autres et ne représentent que 0,8 % du coût total des remboursements. La fable des économies étant jetée à la corbeille, il convient de chercher la véritable raison de ce déremboursement, qui pénalise les plus intelligents de nos concitoyens (le niveau socio-culturel des utilisateurs de l'homéopathie est très supérieur à la moyenne nationale). Il pénalise aussi les plus consciencieux de nos médecins (18 000, soit 32 % des généralistes, dont 5 000 homéopathes spécialisés). Pratiquent également l'homéopathie 2 000 chirurgiens-dentistes et 700 vétérinaires (Réf. « Quid »).
Si je dis « les plus consciencieux de nos médecins », cela ne signifie nullement, bien sûr, que de nombreux médecins allopathes ne le soient pas également. Mais il faut rappeler que beaucoup de généralistes déçus par la médecine chimique en sont venus à l'homéopathie par conscience professionnelle et en recherche personnelle de thérapies non agressives stimulant le système immunitaire au lieu de se substituer à lui. Et ce n'est certainement pas par goût du lucre, puisqu'une consultation chez un homéopathe est de trois à quatre fois plus longue que chez un allopathe, pour le même prix.
Cette progression de la médecine vers l'homéopathie a été d'ailleurs accompagnée par celle du public (25 % de la population française avait recours à l'homéopathie en 1985, 33 % en 1990, 36 % en 1998, 38 % en 1999 (Source « Ipsos ») et l'on dépasse aujourd'hui les 40 %). D'où l'inquiétude grandissante des multinationales médico-pharmaceutiques qui ponctionnent allégrement nos caisses d'assurance-maladie et qui ont décidé de réagir contre cette fuite de clientèle.
Rien ne leur a été plus facile, puisque la plupart des conseillers du Ministère de la Maladie sont recrutés parmi leurs actionnaires. (En octobre 1998, la Cour des Comptes a signalé les liens financiers existant entre les membres de l'Agence du médicament et les laboratoires pharmaceutiques. La Cour a posé des questions sur l'indépendance de ces personnes. A-t-elle eu des réponses ? Pour moi, la réponse est évidente : leur indépendance est nulle !).
Le Conseil constitutionnel a piétiné la Constitution
Il est donc évident que cette manœuvre contre l'homéopathie n'a pas d'autre motif que la préservation de gros intérêts mercantiles, à laquelle s'ajoute l'opposition dogmatique et bornée des intégristes de l'allopathie, que la seule évocation de l'homéopathie (qu'ils n'ont jamais étudiée si peu que ce soit) plonge aussitôt dans l'hystérie inquisitoriale. (Je me permets de rappeler que n'ayant moi-même jamais eu à consulter un médecin depuis cinquante ans ni à consommer de médicament quelconque, je suis dans cette affaire d'une objectivité immaculée).
Scandalisé par cette décision de déremboursement, j'ai immédiatement écrit à M. Jean-Louis Debré, Président de l'Assemblée nationale, pour le prier de saisir le Conseil constitutionnel de ce manquement au principe de l'égalité des droits. Je lui exposais l'argument suivant : « La plupart des patients qui accordent valeur thérapeutique à l'homéopathie consultent par préférence des médecins homéopathes spécialistes et se soignent par homéopathie de façon habituelle. Ce ne sont donc pas les médicaments qui sont "déremboursés" mais les patients eux-mêmes. Il y a donc discrimination à leur égard et violation en ce qui les concerne du principe républicain de l'égalité des droits, de même que violation de leurs droits d'assurés sociaux, puisqu'ils paient leurs cotisations comme tout le monde ».
Dans sa courtoise réponse, M. Debré m'a fait savoir que le Conseil avait été saisi de cette question le 2 décembre 2003 par plus de soixante députés, mais que, dans sa décision du 11 décembre, il avait considéré que le déremboursement partiel des médicaments homéopathiques n'était pas contraire à notre Constitution.
Or, je maintiens quant à moi qu'il l'est de manière évidente et irréfutable, et qu'en conséquence, le Conseil constitutionnel a failli à sa mission.
Il ne reste plus aux défenseurs de la liberté et de l'égalité thérapeutiques qu'à saisir la Cour européenne des droits de l’homme, qui ne pourra manquer de condamner l'État français une fois de plus…

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