Lance Pierre - mardi 23 mars 2004
Lorsque, le 11 mars, au journal de 13 heures, j'ai vu l'attentat de Madrid, j'ai immédiatement pensé à Al-Kaïda et pas du tout à l'ETA, malgré les accusations hâtives du gouvernement espagnol envers l'organisation séparatiste basque. Non que je sois devin, mais, outre que je ne voyais pas quel avantage politique les séparatistes basques pouvaient tirer d'un tel massacre, c'est la date du 11 qui m'a frappé en premier lieu. Le 11 septembre et le 11 mars n'ont certainement pas été choisis au hasard. Ben Laden est un mystique et le choix d'un 11 doit avoir pour lui une signification symbolique.
De plus, il était trop évident que le gouvernement espagnol tentait de manipuler l'opinion et voulait faire d'une pierre deux coups : en focalisant les médias sur la piste ETA, il augmentait l'impopularité de celle-ci, ce qui pouvait favoriser les enquêtes en cours et porter le coup de grâce à l'organisation séparatiste, déjà fort mal en point. Mais surtout, en écartant d'emblée la piste islamiste, il s'efforçait, à la veille des élections, de dédouaner Aznar de son soutien à Bush dans la guerre d'Irak, alors que la majorité des Espagnols y était opposée. Manœuvre éminemment stupide, car la revendication d'Al-Kaïda devait fatalement tomber avant le jour du vote. N'oublions pas que Aznar, Blair et Berlusconi ont imposé à leurs nations la guerre d'Irak contre la volonté de leurs peuples. (La question n'est pas ici de savoir s'ils avaient raison ou tort de se rallier à Bush, mais de savoir si un chef d'État élu peut faire fi de la volonté des citoyens.)
Le drame, c'est que ce sont les peuples espagnol, anglais et italien qui vont payer de leur sang les décisions autocratiques de leurs dirigeants, ce qui n'est pas nouveau dans l'Histoire, certes, mais on était en droit d'espérer autre chose des nations de l'Europe d'aujourd'hui. Quoi qu'il en soit, la folie criminelle de Ben Laden se confirme, puisque, sous couleur de « punir » les agresseurs de l'Irak, il massacre des foules innocentes au lieu de s'en prendre aux gouvernants responsables. Il est vrai que c'est plus facile…
Les Américains et leurs alliés craignaient les dates anniversaires de l'attentat de New York, et ils redoublèrent de vigilance à l'approche du 11 septembre 2002 et du 11 septembre 2003. Mais ce faisant, ils contraignaient Al-Kaïda à se reporter sur d'autres dates moins risquées. Ce que firent les terroristes, tout en restant fixés sur le chiffre 11.
Peut-on trouver une explication à ce choix ?
On remarquera tout d'abord que le 11 septembre et le 11 mars sont exactement séparés par un intervalle de 6 mois, soit une année divisée par 2. En numérologie, le 11 est égal au 2 (1+1) et 2 est le chiffre du duo ou du duel, selon qu'il est pris au sens positif ou au sens négatif. En l'occurrence, il s'agit évidemment d'un duel entre l'Islam et les États-Unis, c'est-à-dire entre le Bien et le Mal absolus (chacun des protagonistes se considérant évidemment comme le champion du Bien), ou encore entre Dieu et Diable, dont les noms dérivent l'un et l'autre de la racine grecque « dia » qui implique la division (comme dans « diamètre » : qui coupe le cercle en 2). Je rappelle que « diable » signifie « double » et c'est pourquoi notre petit chariot à 2 roues se nomme un « diable ». On le retrouve aussi, par exemple, dans le « diabolo menthe », mélange de 2 boissons…
Par ailleurs, on ne peut manquer d'être frappé par cette sorte d' « effet miroir » qui s'est développé entre Bush et Ben Laden (deux noms ayant pour initiale la 2e lettre de l'alphabet). Ils ont en commun d'être nés dans des familles fortunées, d'avoir eu des jeunesses passablement frivoles et d'avoir viré au mysticisme à mi-chemin de leur vie…
Chacun d'eux est le diable de l'autre et chacun se croit élu par Dieu pour établir la « justice » dans le monde, par la force et par la guerre. Cela ne présage rien de bon pour l'avenir de l'humanité, à moins que Ben Laden disparaisse et que Bush ne soit pas réélu…
Quant au choix du 11 et du 2, je note que le verset 11 du chapitre 2 du Coran ne comporte que cette seule phrase : « Ils sont des corrupteurs et ils ne le sentent pas ». Il y a là, peut-être, de quoi suggérer à un fanatique : « Eh bien, nous allons le leur faire sentir ! »
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